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 LA FORTERESSE D'ALAMUT

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Lanaelle
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MessageSujet: LA FORTERESSE D'ALAMUT   Mar 6 Sep - 17:49



Alamut est le nom d’une vallée du massif de l'Alborz au sud de la mer Caspienne, près de la ville de Qazvin, à 100 kilomètres de l'actuelle Téhéran, dans le nord-ouest de l'Iran actuel. La forteresse d’Alamut, souvent appelée simplement Alamut, réputée inexpugnable, se dressait autrefois à une altitude de 2 100 mètres, au-dessus du village actuellement nommé Gâzor Khân.




https://www.les-crises.fr/la-secte-des-assassins/



Cette forteresse a été construite vers 840. Le site archéologique est complètement à l’état de ruines surtout depuis le tremblement de terre de 2004. Il y a 23 autres forteresses de la même période en ruines dans la région.


Le mot Alamut, en persan alamōt, الموت, signifierait « Nid de l'aigle » ou « Leçon de l'aigle» dans le dialecte local. En persan on dit la « forteresse d’Alamut » pour nommer le site archéologique.








Ruines de la forteresse d'Alamut









Marco Polo rapporta la légende après avoir, selon lui, visité Alamut, ce qui est peu probable compte tenu du fait qu'à l'année de sa venue dans la région, la place forte avait déjà cessé d'être employée depuis plusieurs décennies après l'année 1256, qui vit son démantèlement.
Le mythe fut par la suite romancé en 1938 dans le roman homonyme de Vladimir Bartol.









Échafaudages mis en place par l'Iran's Cultural
Heritage Organization.









La véracité de cette légende n'a pas été prouvée mais elle est connue du public par le récit de Marco Polo : Alamut aurait été un lieu faisant trembler maints dirigeants et personnalités de l'époque par le degré de manipulation utilisé par Hassan ibn al-Sabbah, premier maître et nouvel occupant des lieux, pour fanatiser ses assassins.


Tout d'abord Hassan aurait tenu un jardin secret d'ordinaire interdit à tous les autres occupants, les initiés de la citadelle. C'était un jardin luxuriant, décrit par Marco Polo comme étant la réplique de ceux du paradis. Hassan ibn al-Sabbah, prophète et unique détenteur terrestre des clefs du jardin, se chargeait de sélectionner les fidèles dignes de s'aventurer quelques heures dans ce paradis terrestre où on leur démontrait la beauté de l'après-vie. Grâce à cette manière de relativiser l'importance de la vie terrestre, l'assassin était censé éprouver plus de facilité à se jouer du danger des combats. Cette croyance aurait été facilitée par l'ingestion de haschisch, peut-être sous forme de dragées, ce qui altérait leurs sensations, couplé d'un puissant somnifère : une fois inconscients, les candidats étaient transportés dans le jardin secret de la forteresse et se réveillaient au milieu de plats cuisinés, de plantes luxuriantes et de très nombreuses houris, jeunes femmes sélectionnées pour l'occasion dans le Harem même d'Hassan Ier.


Parmi les légendes circulant autour d'Alamut, on raconte qu'un ambassadeur croisé, Henri Ier de Champagne, fut reçu par Al-Sabbah et voulut savoir ce qui faisait de ces assassins de si terribles personnages terrorisant politiques et élites locales. Le maître appela donc deux soldats. Il demanda à l'un de courir vers l'un des murs fortifiés surplombant un ravin et de sauter dans le vide. Alors que ce dernier courait, il demanda au deuxième de sortir son poignard et de se poignarder. Les deux assassins exécutèrent leurs ordres sans ciller.







Difficile de s'assurer des faits tant les chroniqueurs de l'époque furent avares de détails. Si Guillaume de Tyr, chroniqueur des croisades, ou Guillaume de Rubrouck, franciscain mandaté à la cour du grand Khan de Mongolie en 1253, rapportent certains faits, ils restent néanmoins vagues et ont surtout comme mérite d'attester l'existence de la secte à leurs époques respectives.


Il est certain que cette société secrète orientale était bien basée à Alamut et Masyaf. La forteresse a été rachetée pour 3 000 dinars or en1090 par Hassan ibn al-Sabbah surnommé le « Vieux de la Montagne », (Chaykh al-Jabal ) pour servir de base à la secte chiiteismaélienne des Nizârites. Dissident religieux ismaélien en fuite, il cherche en Perse à implanter le courant ismaélien, reconnaissant à la mort du calife Ali son fils Ismaël comme son successeur. Le surnom d'assassins est réputé signifier consommateurs de haschich. Cette interprétation est contestée. Le mot proviendrait du substantif arabe et/ou persan assâs (fondement) ou de l'adjectif assâssi(fondamental). Assas signifiant également gardien dans des dialectes locaux d'Afrique du Nord, et par gardien il était sous entendu qu'ils étaient les gardiens de la terre sainte. Les Nizârites se voulaient des fondamentalistes, et Hassan aimait appeler ses adeptes « Assassiyoun », ceux qui sont fidèles au « fondement » de la foi. C'est ce mot, mal compris des voyageurs étrangers, qui a semblé avoir des relents de haschich. Méfiants envers ces derniers compte tenu de leurs croyances hétérodoxes, les contemporains les appelaient parfois Batiniyya, ou Batini.



Citation :
Les forteresses des Nizârites auraient été reliées par un système d'alerte simple mais efficace basé sur des signaux lumineux diffusés à l'aide de miroirs. Des pièces de monnaies ont été découvertes récemment par des équipes de fouilles archéologiques : celles-ci, frappées du sceau d'Alamut, prouvent la volonté d'indépendance étatique de la forteresse. L'équipe archéologique dirigée par Hamide Choobak a aussi révélé des fragments de briques et de carreaux.


Citation :
Les conflits entre sunnites et chiites s'accentuent avec la montée en puissance d'Alamut. Pour enrayer la menace, la secte fait assassiner le vizir Nizam Al Mulk en 1092 par un de ses fidèles, s'étant fait passer pour un messager. Les massacres et les arrestations se multiplient sur ordre des sultans. Entre 1101 et 1103, d'autres faits commis par la secte deviennent célèbres : le plus célèbre mufti de la ville de Ispahan est assassiné dans sa mosquée, le préfet de Bayhaq, le chef des Karramyya, groupe religieux anti-ismaélien est assassiné dans une mosquée de Nishapur.



Citation :
En 1256, la forteresse d’Alamut se rendit sans combat à l'armée mongole d'Houlagou Khan qui déferlait sur l'Iran. Elle fut entièrement rasée.








Cette liste ne concerne que les imams ayant régné dans la forteresse.

• Kiya Buzurg-Ummîd (1124–1138)
• Mohammed Ier (1138–1162)
• Al-Hassan II (1162–1166)
• Mohammed II (1166–1210)
• Al-Hassan III (1210–1221)
• Mohammed III (1221–1255)
• Rukh ad-Din Khurshah (1255–1256)







Reconstitution d’Alamut base des ismaéliens







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MessageSujet: Re: LA FORTERESSE D'ALAMUT   Mar 6 Sep - 17:58




ARTICLE PUBLIÉ LE 17/06/2013
Par Florian Besson


SOURCE :  http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Assassins.html




Membres d’une secte shiite active au Moyen Age, implantés en Perse, les Assassins firent, par leurs méthodes criminelles, trembler Croisés et Mongols, s’en prirent à Richard Cœur de Lion comme à Saladin. Une véritable légende noire naquit à leur sujet, qui existe encore aujourd’hui.






Tout commence en 1094, à la mort du calife fatimide al-Mustansir Billâh, le huitième calife fatimide. Une lutte de succession oppose son aîné Nizâr, plus légitime, et son cadet Ahmad, soutenu par l’aristocratie du Caire et en particulier par le vizir al-Afdhal, qui le fait couronner calife. Cette lutte de pouvoir provoque une grave déchirure dans la communauté ismaélienne : les ismaéliens de Perse, une minorité shiite dans une région normalement placée sous la tutelle du calife sunnite de Bagdad, font allégeance à Nizâr. On parlera donc également de nizârites pour qualifier ce mouvement. Comme tous les ismaéliens, ils professent une lecture ésotérique du Coran : il s’agit de trouver le sens caché (bâtin) du texte coranique (on les appelle aussi Bâtinis), puis de l’enseigner (c’est le tal’îm). C’est donc un courant mystique, qui attend le retour de « l’imam caché », tout en cherchant à convertir un maximum de musulmans via une propagande très soigneusement organisée et planifiée (c’est la da’wa).


Or ces ismaéliens ont, depuis 1090, un nouveau chef, intellectuel brillant, charismatique et redoutable stratège : Hassan ibn Sabbâh, qu’on surnommera ensuite le Vieux de la Montagne [1], qui a probablement rencontré Nizâr en Egypte. Sous sa direction, ils se sont emparés de la forteresse d’Alamut en 1091, et, réfugiés dans ce fortin inexpugnable (construite à plus de 2000 mètres d’altitude sur un piton rocheux, la forteresse ne peut être prise que par la ruse ou par trahison), étendent leur influence vers la Syrie et l’Iran. Nizâr, d’abord réfugié à Alexandrie, est capturé par son frère et mourra en prison : ses partisans en Egypte quittent le pays et fusionnent avec le mouvement perse. Son fils, al-Hâdî, est considéré par eux comme l’imam, donc comme le chef de la communauté, même s’il doit rester caché (mastûr). C’est en son nom, puis au nom de son fils al-Muhtadî, que Hassân ibn Sabbah mène une campagne militaire bien vite couronnée de succès : les ismaéliens s’emparent de la forteresse de Qadmûs, en Syrie, puis de celle Masyâf en 1141. Lorsque Hassân meurt, probablement dans les années 1124, son successeur (Buzurg-Ummîd), prend à son tour le titre de Vieux de la Montagne, qui se transmettra ensuite à son fils. Cela nourrira la légende de l’immortalité du maître du mouvement. Epargné par les luttes de pouvoir, le mouvement nizârite oscille cependant entre plusieurs pôles contradictoires : tiraillé entre le respect dû au texte coranique et la volonté d’en trouver le sens caché, entre la nécessité de rester caché et la tentation d’apparaître au grand jour [2], entre la soumission au Prophète Muhammad, via le respect de la sharî’a, et l’obéissance à l’imam.


Il faut dire que le contexte géopolitique est plus que favorable : le Proche-Orient a subi de plein fouet le choc de la première croisade, qui aboutit à la prise de Jérusalem en juillet 1099. Le califat fatimide du Caire s’affaiblit à cause d’une profonde crise économique et de tensions internes, et les pouvoirs sunnites sont divisés, s’affrontant entre eux malgré leur officielle allégeance au calife sunnite de Bagdad. La fondation des Etats latins d’Orient complique encore la situation. Dans ce contexte très confus, il est difficile d’étudier précisément les Assassins, d’autant plus que la majorité des sources sur cette époque sont rédigées par des auteurs sunnites, donc très hostiles à un mouvement shiite pensé comme hétérodoxe. Mais il est indéniable que les Assassins savent s’insérer dans ce monde divisé, et jouent des hostilités mutuelles pour s’imposer comme un pouvoir majeur. La forteresse de Qadmûs, par exemple, est d’abord conquise par Bohémond II, prince d’Antioche, en 1128, reprise par ibn ‘Amrûn, un petit seigneur seldjoukide, qui en 1141 la vend aux Nizârites, lesquels la revendront, en 1186, aux Chevaliers Hospitaliers, ordre militaro-religieux avec lequel ils entretiennent de très bonnes relations.








Surtout, les nizârites s’imposent en recourrant d’une manière systématique à l’assassinat politique. Ibn Battûta, le célèbre voyageur, écrit ainsi au début du XIVème siècle : « quand le sultan veut faire assassiner un de ses ennemis, il leur donne le prix de son sang […] Ces Ismaéliens ont des couteaux empoisonnés, avec lesquels ils frappent ceux qu’on leur ordonne de tuer ». C’est ce qui rendit les nizârites d’Alamût si célèbres. Leurs cibles étaient nombreuses et variées : de nombreux califes abbassides périrent de leurs mains – même s’il est possible que certains, comme al-Mustarchid, aient en réalité été assassinés par des Turcs Seldjoukides, qui auraient ensuite pu aisément accuser les nizârites du crime. Des princes, des officiers, des généraux musulmans sont assassinés. En 1092, le vizir seldjoukide Nizâm al-Mulk, le protecteur de Al-Ghazâlî, est sans doute l’un des premiers à être assassiné par les nizârites. Un siècle plus tard, en 1192, c’est le roi de Jérusalem Conrad de Montferrat qui tombe sous leurs coups : ce meurtre, le premier d’un Chrétien, marque énormément les Croisés. Dès les années 1175, des témoins occidentaux, relayant probablement des informations transmises par des Chrétiens d’Orient, avaient parlé de cette secte, et avaient relevé « l’immense terreur que leur maître fait régner sur toute la région » [3]. Guillaume de Tyr, évêque de Tyr et immense intellectuel, souligne leur ferveur et indique qu’ils préfèrent mourir plutôt que d’échouer. Kamikazes avant l’heure, les Assassins ne reculent devant rien : Saladin lui-même, héros de la reconquête musulmane à la fin du XIIème siècle (Jérusalem est reprise en 1187. Voir : Entretien avec Elodie Hibon, La Jérusalem ayyoubide), sera plusieurs fois attaqué par des tueurs, qui ne parviendront qu’à le blesser. Ces activités peuvent être qualifiées de terroristes : il s’agit à la fois d’éliminer des rivaux ou des obstacles, et de frapper de terreur le Proche-Orient [4]. C’est pourquoi les assassinats sont publics : les cibles sont généralement frappées à midi, lorsqu’elles sortent de la mosquée. Mais les Assassins savent aussi se faire mercenaires, louant leurs services au plus offrant : Joinville rapporte ainsi une entrevue entre Louis IX et le Vieux de la Montagne à Acre, le roi de France achetant, au prix de coûteux présents, la neutralité des redoutables Assassins.


Toute une légende va se développer autour de cette secte : Ibn Battûta parle de couteaux empoisonnés, Guillaume de Tyr indique quant à lui qu’ils sont armés de couteaux d’or pur, croisant ainsi le mythe des Assassins avec celui des « richesses fabuleuses de l’Orient », mythe qu’on retrouve dans celui du Prêtre Jean. Tous les historiens, musulmans ou chrétiens, relèvent le fanatisme des nizârites : lors d’une rencontre avec les Templiers, le Vieux de la Montagne aurait, selon Guillaume de Tyr, ordonné à plusieurs de ses adeptes de se jeter d’une muraille, pour montrer le contrôle total qu’il exerçait sur ses fidèles. D’une façon significative, Alamut, « le Nid de l’Aigle » en persan, devient « le Château de la Mort » en arabe, q’ala al-mût. La méthode d’endoctrinement utilisée par le Vieux de la Montagne est bien connue : celui-ci droguait ses adeptes avec du haschich, et les plaçait dans un jardin paradisiaque creusé dans la montagne. Après une nuit de luxe et de luxure, les jeunes nizârites se réveillaient dans leurs cellules, où on les informait que ce paradis serait à eux pour l’éternité s’ils périssaient en tentant d’éliminer une cible… Il s’agit là, évidemment, d’une légende, qu’on trouve d’abord chez Arnold de Lübeck, chroniqueur bénédictin du début du XIIIème siècle, puis chez Marco Polo (même si ces deux auteurs ne mentionnent pas le haschich [5]). Cette légende sera ensuite surtout développée sous la plume d’auteurs européens romantiques, au XIXème siècle, comme par exemple Théophile Gautier. Le terme même d’« assassin » dériverait d’ailleurs du mot haschich, même si cette étymologie est récemment contestée, au profit d’une autre, qui ferait dériver « assassin » de assâs, qui veut dire fondement ou gardien. « Consommateurs de haschich », « fidèles au Fondement de la religion » ou encore « Gardiens de la Foi », les Assassins continuent également d’inspirer, comme les Templiers auxquels on les compare parfois, bon nombre de théories conspirationnistes toutes plus délirantes les unes que les autres.






Au milieu du XIIème siècle, les Assassins ont su s’imposer comme un pouvoir important de la région. En conquerrant des forteresses en Perse et en Iran, ils ont jeté les bases d’un véritable Etat nizârite, leur influence s’étend à l’ensemble du Proche-Orient, et leur réputation en dépasse de beaucoup les frontières. Mais un nouveau pouvoir s’élève : les Mongols ont franchi les frontières du Dar al-Islam, et Gengis Khan a fondé dans le fer et le feu le plus grand empire de l’histoire. En 1251, Möngke, le plus jeune petit-fils de Gengis Khan, s’impose à la tête de l’Empire mongol encore unifié, et relance la conquête vers l’ouest : l’armée mongole, forte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, est confiée à Hülegü, frère de Möngke. La conquête sera foudroyante : Hülegü prend le sud de l’Iran, puis la Syrie, et les Mongols ne seront arrêtés dans leur irrésistible avancée qu’en 1260 par les Mamelouks du Caire. La pax mongolica ne peut accepter un mouvement comme celui des Assassins : Hülegü fait le siège d’Alamut et prend la ville en 1257. L’imam nizârite, Rukn al-dîn Khûrshâh, meurt dans des circonstances obscures (exécuté par les Mongols, ou peut-être assassiné par ses partisans désireux de se rendre), et la tête des Assassins est partout mise à prix. Face à la redoutable machine de guerre mongole, les Assassins n’ont pas fait le poids, malgré une alliance de dernière minute conclue avec le califat abbasside – un califat auquel Hülegü met fin en 1258 lorsqu’il prend Bagdad et fait exécuter le calife al-Musta’sim. Dans le chaos provoqué par l’invasion mongole, on perd la trace du mouvement des Assassins.


L’activisme ismaélien survit, notamment en se greffant sur le soufisme. Ce qui reste de la communauté replonge dans la clandestinité, et se tourne cette fois vers l’Est : des missionnaires sont envoyés en Inde et en Asie Centrale. Les nizârites témoignent ainsi de la reconfiguration de l’espace moyen-oriental : avec la conquête mongole, le centre de gravité du monde musulman s’est déplacé vers l’Est. Au XIXème siècle, l’imam nizârite prend le titre d’Aga Khan, et s’installe en Inde. La communauté ismaélienne est toujours dirigée par un imam qui fait remonter sa lignée à Nizâr, mais elle est numériquement très faible. C’est surtout par leur légende que les Assassins ont survécu. Marco Polo, lors du voyage qu’il fit jusqu’en Chine en 1271, rapporte ainsi qu’au sujet du Vieillard de la Montagne, on lui a « dit et référé beaucoup de choses étranges, que j’ai appris des habitants du pays ». Il prétend avoir visité Alamut, ce que d’autres sources contredisent, puisque les Mongols auraient rasé la forteresse. Et les légendes se greffent les unes sur les autres, la fascination de l’Europe pour l’Orient ne faisant que changer de forme : le Vieux de la Montagne s’appelle, selon Marco Polo… Alardin, comme Aalardin, le magicien rival de Caradoc dans la Première Continuation du Perceval de Chrétien de Troyes, mais aussi comme Aladin, le jeune garçon qui découvrira une lampe hantée par un génie. Le temps des croisades révolu, l’Europe médiévale se prépare à rêver autour des Mille et Une Nuits [6]. Plus de cinquante ans après, en 1326, Ibn Battûta, on l’a vu, parle lui aussi des Assassins et de leurs lames empoisonnées, alors que celles-ci appartiennent au passé ; en 1332, un prêtre allemand déconseille au roi de France Philippe VI de partir en croisade : entre les fièvres, les démons, et les « maudits assassins qui se vendent eux-mêmes et ont soif de sang humain », il ne pourra qu’y perdre la vie ! Un temps oubliés, les Assassins ressurgissent dans l’imaginaire occidental avec la naissance de l’orientalisme, associée évidemment à la colonisation. Théophile Gautier en fait un « club » en 1897, Corto Maltese affronte leurs héritiers dans La maison dorée de Samarkand(1980), Amin Maalouf les a mis en scène dans son beau roman Samarkand (1989), on les retrouve enfin dans le jeu vidéo à succèsAssassin’s Creed.







Par leurs méthodes, par leur succès, les Nizârites ont frappé l’imagination et la mémoire de ceux qui ont été tour à tour ou en même temps leurs alliés, leurs adversaires, leurs victimes. Secte shiite professant une approche mystique du Coran, ils restent surtout célèbres pour avoir, un temps, fait trembler le Proche-Orient – avant que leurs « lames empoisonnées » ne s’effacent devant les cimeterres mongols.




Bibliographie



 B. Lewis, Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’Islam médiéval, Bruxelles, 2001.
 M.G.H. Hodgson, The Order of Assassins, La Haye, 1955.
 C. Millimono, La Secte des Assassins, XIème – XIIIème siècles. Des « martyrs » islamiques à l’époque des Croisades, Paris, 2009.



[1] L’expression vient probablement d’une mauvaise traduction de cheikh al-Djabal, le Seigneur de la Montagne, titre officiel du chef de la secte. Les premiers croisés ont souvent rapproché « cheikh » de « senior », donc d’« ancien » plus que de « seigneur ».
[2] En 1162, l’imam Hassan II proclame ainsi « la Résurrection des Résurrections » : le temps de la dissimulation est terminé, il prend officiellement le titre de calife et prétend vouloir dépasser la sharî’a en expliquant le sens caché du Coran à son peuple. Au contraire, en 1210, l’imam Jalâl al-dîn proclame une nouvelle période de clandestinité (satr). Voir C. Jambert, La Grande Résurrection. Les formes de la liberté dans le shï’isme ismaélien, 1990.
[3] Rapport d’un envoyé de l’empereur Frédéric Barberousse.
[4] On se référera, avec prudence et esprit critique, à l’ouvrage de B. Lewis indiqué en bibliographie.
[5] On pourra lire Marco Polo : http.//gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k52228d/f55.image
[6] En fait, le conte d’Aladin ne fait pas partie de la version première des 1001 Nuits. Il a été rajouté par Antoine Galland en 1710, avec, entre autres, celui d’Ali Baba.
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