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 MALLEUS MALEFICARUM

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Lanaelle
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MessageSujet: MALLEUS MALEFICARUM   Mar 1 Nov - 13:29




Le Malleus Maleficarum (« Marteau des sorcières », c’est-à-dire marteau contre les sorcières),
est un traité des dominicains allemands Henri Institoris (1)  (Heinrich Kramer) et Jacques Sprenger (2)
 (Jacob Sprenger), ayant eu place de coauteur, publié à Strasbourg en 1486 ou 1487. Il
connut de nombreuses rééditions.


Le 5 décembre 1484, le pape Innocent VIII (3) fait paraître une bulle, à savoir une lettre pontificale
faisant acte d'autorité, mettant en garde contre la sorcellerie. Ce document apporte de la
légitimité aux deux inquisiteurs, Jacques Sprenger et Henry Institoris (Kraemer), qui
s'attaquent alors au problème. Les deux hommes publient le livre Malleus Maleficarum
(Le Marteau des sorcières). Catholiques et protestants l’accepteront par la suite comme
faisant autorité dans la lutte contre la sorcellerie. Il présentait des arguments théologiques
et juridiques contre la sorcellerie, et fournissait des directives pour repérer et éliminer
les sorcières.


Dans l'étude qui précède sa traduction du Marteau des sorcières, Amand Dane a bien montré
« comment la lecture cosmologique, attentive aux désordre et au mal du monde, fait
progressivement place, chez les inquisiteurs, à une lecture démonologique centrée sur
le maléfice, puis anthropologique et sexologique, accablant la femme, accusée d'être
la complice de Satan. »








SOURCE :

Wikipedia


Dernière édition par Lanaelle du Chastel le Mar 1 Nov - 13:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: MALLEUS MALEFICARUM   Mar 1 Nov - 13:45





L'essentiel de l'ouvrage est l'œuvre d'Institoris , Sprenger n'ayant joué qu'un rôle mineur1. Institoris, inquisiteur pontifical, chassa les sorcières de l'Alsace à l'Autriche, au prix de nombreuses polémiques.









Il s’agit pour la majeure partie du texte d’une codification de croyances préexistantes, souvent tirées de textes plus anciens comme le Directorium Inquisitorum de Nicolas Eymerich (4) (1376), et le Formicarius de Johannes Nider (5) (1435). L'arrivée de l'imprimerie en Europe et l'apport, par Gutenberg de la presse à cette technique, permit de diffuser le manuel à grande échelle pour l'époque. L'ouvrage fut réédité de nombreuses fois, et largement utilisé en Europe occidentale, malgré son interdiction en 1490, peu après sa publication, par l'Église catholique. Cette dernière considère alors cet ouvrage comme étant en contradiction avec l'enseignement catholique en matière de démonologie. Le pouvoir des démons de causer des catastrophes naturelles, par exemple, est une idée qui fut déclarée fausse lors du premier concile de Braga vers 561 dans le canon 8.




La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations de Satan. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de fe + minus (foi mineure). Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient avec les démons.  La seconde partie explique comment procéder à la capture, instruire le procès, organiser la détention et l’élimination des sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance ; les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés contre le pouvoir des sorcières. Une grande partie est dédiée à l’illustration des signes, dont la glossolalie, la voyance et la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l'œil, taches sur la peau, zones insensibles, maigreur, ...). Elle est dédiée aussi aux techniques d’extorsion des confessions, des preuves (notamment la pesée et l'ordalie par l'eau glacée (6)) et à la pratique de la torture durant les interrogatoires : Il est en particulier recommandé d’utiliser le fer rougi au feu pour le rasage du corps en son entier des accusées, afin de trouver la fameuse « marque du Diable », qui prouverait leur supposée culpabilité.





On en a recensé au moins 34 rééditions entre 1487 et 1669, période principale de la chasse aux sorcières et des polémiques et débats qu'elle entraîna.







(1)  Henri Institoris ou Heinrich Kramer est né à Sélestat (Schlettstadt en allemand) en Alsace en 1436. Il est mort en 1505 en Bohême.Entré au couvent dominicain de sa ville natale puis élu prieur de ce même couvent, Heinrich Kramer se fait remarquer par son zèle exacerbé dans la chasse aux sorcières en tant qu'inquisiteur. À Rome, en 1479, il reçoit le grade de docteur en théologie. Il est connu pour avoir écrit avec Jacques Sprenger le Malleus Maleficarum (le Marteau des sorcières) : un ouvrage sur la sorcellerie commandé et approuvé par le pape Innocent VIII en 1484. L'ouvrage est publié pour la première fois à Strasbourg en 1487 puis réédité plus de trente fois malgré son interdiction par l'Église catholique dès 1490.Le nom Institoris est le génitif latin du mot Institor (épicier), emprunté au titre latin du livre Henrici Institoris Malleus Maleficarum - De Henri Institor le Marteau des Sorcières. C'est la forme usuelle des titres des livres latins. Le texte utilise cette forme au nominatif Venerabilis & religiosus frater Henricus institoris.






(2)  Jacques Sprenger ou Jacob Sprenger, est né à Bâle entre 1436 et 1438. Il est mort en 1496.<br />Inquisiteur dominicain qui aurait écrit avec Henri Institoris (Heinrich Kramer) le Malleus Maleficarum (le Marteau des sorcières) édité à Strasbourg en 1486 : un ouvrage sur la sorcellerie d'abord commandé par le pape Innocent VIII avant d'être interdit par l'Église catholique romaine en 1490. Ce docteur en théologie, prieur du couvent dominicain de Cologne, professeur à la faculté de cette ville était un homme extrêmement instruit. Certes, il a obtenu le titre d'inquisiteur dans la région rhénane, mais il n'aurait pas joué un rôle très actif dans la chasse aux sorcières.





(3)  Giovanni Battista Cybo, né à Gênes en 1432, mort à Rome le 25 juillet 1492, consacré pape le 12 septembre 1484 sous le nom d'Innocent VIII (en latinInnocentius VIII, en italien Innocenzo VIII).<br />Il est connu pour la bulle Summis desiderantes affectibus qui étendit le rôle de l'Inquisition à la chasse aux sorcières et pour son soutien à l'Inquisition espagnole menée par Torquemada.








(4)  Nicolas Eymeric
(ou Emeric, ou encore Eymmerich), théologien et inquisiteur catalan, né à Gérone (Espagne) vers 1320, mort à Gérone le 4 janvier 1399. Entré très jeune chez les Dominicains, il prit l'habit en 1334, et s'acquit rapidement une réputation de théologien confirmé. Il fut nommé Inquisiteur Général d'Aragon par Innocent VI en 1357. Il poursuivit avec une telle rigueur les hérétiques d'Aragon qu'il suscita critiques et oppositions, et fut suspendu de cet office dès 1360. Il retrouva cependant son poste après quelques années. Entre 1376 et 1378, il fit un long séjour à la cour du Pape, à Avignon, où il publia son fameux Directorium Inquisitorum, puis à Rome. Ses fonctions de grand inquisiteur l'amenèrent à faire ultérieurement de fréquents séjours à Avignon. Il fut banni par Jean Ier après son accession au trône d'Aragon (1387), pour les positions qu'il avait prises dans la lutte contre les hérésies. Il ne put regagner son monastère de Gérone qu'en 1397, où il mourut peu après. Son épitaphe qui porte « praedicator veridicus, inquisitor intrepidus, doctor egregius » traduit assez bien son œuvre : prédicateur de la vérité, docteur de premier ordre, inquisiteur intrépide.<br />Il est connu pour avoir le premier justifié que pouvait être contournée l'interdiction papale de la bulle Ad exstirpendam, qui interdisait d'administrer plus d'une fois la question, en justifiant que l'interrogatoire pouvait être repris si de nouveaux chefs d'accusation étaient rencontrés.








(5)  Johannes Nider aussi orthographié Johann Nider, Jean Nider ou encore Nyder (1380 en Souabe - 13 août 1438, Colmar), est un auteur dominicain allemand. Participant au concile de Constance, Jean Nider se signale par la suite pour son engagement en faveur de la réforme des couvents dominicains. Il devient ainsi prieur de Nuremberg puis de Bâle. Il participe par ses écrits à la polémique anti-hussite, et il est délégué dans plusieurs ambassades du concile de Bâle auprès des hérétiques de Bohême, en 1431-1432 puis en 1434. De 1435 à 1437, il travaille à son Formicarius, un traité sur les questions sociales du temps. Pour la rédaction de ce volume, il réunit des témoignages divers comme ceux du châtelain de Blankenburg, de Peter Van Greyerz juge inquisiteur d’Évian et réformateur du couvent de Lyon, lesquels avaient présidé des tribunaux où l’on jugeait des procès en sorcellerie. Nider écrit que les sorcières font cuire puis mangent des enfants, y compris les leurs, invoquent les démons, salissent la vraie Croix et confectionnent des potions avec les enfants trucidés.







(6)  L'ordalie est une forme de preuve judiciaire et religieuse qui consiste à soumettre les plaidants à une épreuve dont l'issue, déterminée par Dieu, désigne la personne bien-fondée. Aussi appelée « jugement de Dieu », l'ordalie repose sur des croyances et postulats religieux. Pour autant, sa pratique n'était pas nécessairement du fait des autorités religieuses. L'ordalie consiste à faire passer à l'accusé une épreuve physique décidant de son sort. L'accusé était revêtu d'habits religieux pour se soumettre au « jugement de Dieu », l'épreuve se déroulant sous le regard de la divinité tutélaire de la justice, qui va sauver l'innocent et empêcher l'injustice. Le duel judiciaire est une ordalie bilatérale.


Il y a deux sortes d’ordalies : l'unilatérale et la bilatérale.


Dans l’ordalie unilatérale, c’est à l'accusé de prouver son innocence ou son bon droit par le biais d'une épreuve sous le regard de la divinité. Au Moyen Âge, existaient de nombreuses épreuves par les éléments :

• l'ordalie par le fer rouge (ou ferrum candens) consistait à porter une barre de fer rougie sur neuf pas (ou marcher sur des socs de charrue chauffés à blanc). La main était par la suite bandée dans un sac de cuir scellé par le juge. Pour savoir si l'accusé était coupable ou innocent, on regardait trois jours plus tard l'évolution de la plaie. Si la plaie était « belle », donc bien cicatrisée, cela prouvait l'innocence. Une vilaine plaie prouvait la culpabilité, la sentence étant proportionnelle à son état. C'est de cette pratique que viendrait l'expression « mettre sa main au feu » lorsqu'on est sûr de son fait ;
• l'ordalie par l'eau bouillante (ou aqua fervens), variante de celle de l'épreuve du fer rouge. L'accusé devait plonger son bras dans un chaudron bouillant, et ramener le caillou (ou plus souvent l'anneau béni) qui s'y trouvait. Une fois de plus, on bandait le bras brûlé et on vérifiait l'état de la plaie quelques jours plus tard ;
• l'ordalie par le feu. L'accusé devait traverser deux bûchers entrecroisés sans se brûler, afin de prouver son innocence ;
• l'ordalie par l'eau froide (ou aqua frigida). L'accusé (épreuve souvent appliquée aux sorcières) était plongé dans une eau froide bénite (souvent une rivière). S'il coulait c'est qu'il était « reçu » par l'eau bénite et donc était innocent, si le corps flottait cela prouvait sa culpabilité. Montesquieu rapporte que la plupart des femmes accusées de sorcellerie étaient âgées, frêles, voire squelettiques car vivant en marge de la société. Elles avaient donc tendance à flotter. Cette épreuve était déjà appliquée en Mésopotamie où on l'appelait « jugement du fleuve » ;
• l’ordalie du fromage et du pain. On gavait l’accusé de fromage et de pain. S’il n’arrivait pas à avaler, s’étouffant, il était coupable, d’où l’expression « rester en travers de la gorge ». Le fromage peut être remplacé par l’hostie : en 868, le concile de Worms recommande aux évêques de remplacer le fromage par une hostie consacrée lorsqu'il s'agit de prêtres accusés.



Dans l'ordalie bilatérale, les épreuves opposaient les personnes aux prétentions contradictoires :

• le combat judiciaire. Les deux parties (ou leurs champions respectifs) s'opposaient dans un duel à mort. Le vainqueur de l'épreuve prouvait par ce jugement divin le bien-fondé de sa prétention. Ce combat mortel, allant toujours à son terme, était courant pour les affaires de crimes. Le choix des armes se faisant selon la classe sociale, seuls les nobles pouvaient se battre à l'épée ou la lance. Se généralisant au XIe siècle, ce duel se poursuivra sous la dynastie capétienne, les institutions religieuses voulaient l'interdire mais finalement le toléraient car la divinité de référence, supposée bonne, ne pouvait pas laisser triompher le mauvais et mourir le bon. Ce combat pouvait opposer un homme à un animal, comme celui du chevalier Macaire et le chien de Montargis ;
• ordalie de la croix. Instituée par Charlemagne, elle consistait pour les personnes impliquées à se placer en forme de croix, être ligotées à un poteau et réussir à tenir le plus longtemps les bras levés à l'horizontale. Le premier à baisser les bras abandonnait, d'où l'expression « baisser les bras ». Louis le Pieux prohiba cette épreuve en 819, l'accusant de parodier la Passion du Christ.
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MessageSujet: Re: MALLEUS MALEFICARUM   Mer 2 Nov - 12:17



En 1486, à Strasbourg, deux inquisiteurs dominicains, Jacob Sprenger et Henrich Kramer, publient une œuvre intitulée Malleus Maleficarum, en français « le Marteau des Sorcières ». ce livre est en fait un manuel destinée au combat contre le démon, écrit à l’usage d’inquisiteurs et de magistrats participants à  la lutte contre  la sorcellerie, et qui sera responsable de la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes.





Le sorcier est un personnage qui est capable d’obtenir des satisfactions, morales ou (et) matérielles, par des procédés magiques. Il a la possibilité de faire le bien comme le mal, et peut donc guérir ou engendrer la mort. Il est à la fois craint et respecté par les populations rurales. Cependant, dès le Xème siècle, l’Eglise catholique voit dans le sorcier une illustration de la survie des pratiques pré-chrétiennes et païennes, telles que le druidisme, puis fut considéré comme un hérétique, possédé par le démon.

L’inquisition, tribunal religieux, est crée en 1231 pour lutter contre les hérétiques qui comprendront progressivement les sorciers et les devins. En 1270, parait un ouvrage luttant contre la sorcellerie, Summa de Officio Inquisitionis (le Traité de l’Office de l’Inquisition), et mentionne les différentes peines à infliger face aux hérétiques.  Par la suite, en 1435, un procès d’une grande ampleur à lieu à Toulouse, devant le tribunal de l’Inquisition, dans lequel fut jugé 63 hommes et femmes, accusés de vouer un culte au démon. Sous la torture, ils avouent d’adorer le diable et de se rendre régulièrement à des sabbats. A partir du XVème siècle, la lutte contre la sorcellerie se développe dans toute l’Europe Occidentale et de nombreuses personnes furent victimes de procès arbitraires. Un théologien, Jean Vinetti, publie Tractatus contra demonum invocatores (Traité contre les invocations du démon) en 1450 et fait entrer la sorcellerie dans l’hérésie. C’est à partir de la seconde moitié du XVème siècle que s’organise la répression contre la sorcellerie, et même la papauté va prendre part au combat. En 1484, le pape Innocent VIII promulgue la bulle Summis desiderantes affectibus et condamne officiellement tout acte de sorcellerie, qu’il considère comme opposante à l’Eglise. A cette occasion, il laisse le libre arbitre aux inquisiteurs afin de combattre les
Hérétiques. C’est donc dans un contexte troublé que le Malleus Maleficarum va s’inscrire. Sa publication aura pour objectif de guider les magistrats qui agissent au nom de la papauté.














Le Malleus Malificarum, connu également sous le nom de Marteau des Sorcières depuis le XVIIIème siècle, fut imprimé pour la première fois en 1486 par Peter Drach, à Bâle. Le titre de l’ouvrage se déduit uniquement de l’apologie qui précède le traité publié par le prieur du couvent des dominicain de Cologne, Jakob Sprenger. Cette apologie désigne comme responsable de la rédaction un ami de Sprenger, le dominicain de Sélestat Heinrich Institoris (Kramer). Cela contredit néanmoins plusieurs passages du traité lui-même, dans lequel on parle de deux inquisiteurs en tant que rédacteurs. L’attribution à Kramer n’est pas discutée de son vivant, alors que le rôle de Sprenger reste obscur. C’est dans l’édition de Nuremberg de 1519 qu’on trouve pour la première fois dans le titre une indication d’auteur, nommant aussi bien Institoris (mort avant 1505) que Sprenger (mort en 1495). Les éditions suivantes ne donnent pas d’auteur, les deux éditions vénitiennes de 1574 et 1576 attribuent l’ouvrage à Sprenger seul, tout comme la première édition de Francfort-sur-le-Main en 1580. Dans les éditions de la fin du XVIème siècle (1582,1588 et 1600), le même imprimeur, c’est-à-dire l’éditeur Nicolaus Bassaeus, mentionne ces deux auteurs.


Mais à partir de 1580, la dernière édition (Lyon, 1669) regroupe sous le nom de Malleus Malificarum plusieurs traités d’époques différentes.
On peut citer l’inquisiteur Jean Nider (docteur en théologie au début du XVème sièce), le franciscaint Girolamo Menghi (considéré comme le père de l’exorcisme au XVIème siècle), le théologien Jean Gerson (évêque ayant vécu de 1363 à 1429 et qui a participé à plusieurs conciles), le poète Thomas Murner (1475-1547) ou encore le dominicain Bartolomeo de Spina (proche du pape Paul III et ayant vécu entre 1475 et 1547). Par ailleurs, fut introduit la bulle d’Innocent VIII, Summis desiderantes effactibus du 5 décembre 1484 aux éditions du Malleus. D’une part, elle permettait au Marteau des Sorcières d’avoir un caractère d’autorité suprême. D’autre part, grâce à la publication commune, elle obtint une place considérable dans les promulgations papales concernant la sorcellerie et la magie. Les deux auteurs du Marteau des Sorcières n’apparaissent pas dans la page du titre, mais sont donnés à la page suivante comme Iacobus Sprenger et Henricus Institoris. Jusqu’au XIXème siècle, Sprenger était considéré comme le principal auteur. Joseph Hansen avança le premier de nombreux arguments pour une attribution principale ou unique à Institoris, déterminant ainsi la direction de la recherche en langue allemande du XXème siècle. En revanche, Sprenger continue à figurer dans la littérature internationale, au moins comme co-rédacteur à part entière. Ce n’est que récemment qu’André Schnyder tentat de contredire cette attribution. Le débat sur ce sujet reste alors en suspens.









D’un point de vue formel, le Malleus Maleficarum est divisé en trois parties. La première se compose de 18 questions concernant l’origine de la sorcellerie, les rapports entre les démons et les sorcières, leurs pouvoirs et la question de la permission divine. Cette partie demeure avant tout théorique. C’est d’abord les premières lignes de la bible et les écrits patristiques qui servent d’autorité, ainsi que les grands théologiens médiévaux. La seconde partie se compose de deux grandes questions principales :
La première, en seize chapitres, traite de la question de savoir à qui le sorcier peut nuire ;
La seconde, en neuf chapitres, expose les moyens de défense et de préservation face aux ensorcellements. Cette partie est étayée par l’expérience des deux auteurs-inquisiteurs dans leur pratique des procès.
La troisième partie propose des instructions pour la conduite des procès de sorcellerie et traite de la compétence juridique. Elle est suivie tout d’abord par une discussion en cinq questions sur l’ouverture du procès, puis par douze questions sur son déroulement, enfin en vingt questions sur les sentences applicables en fonction des cas.
Alors que dans la première partie du Malleus, les explications théoriques sur la sorcellerie sont au premier plan, la seconde est caractérisée par un large emploi d’exemples, et la troisième est consacrée aux applications pratiques.

La première partie s’adresse avant tout aux théologiens, la seconde aux prédicateurs, et la troisième est en quelques sortes un manuel juridique.















Le Malleus Maleficarum se différencie de tous les autres ouvrages du même genre. Deux caractéristiques de l’ouvrage sont déjà indiquées dans le titre : la focalisation sur les femmes en tant que sorcières (maleficarum au lieu de maleficorum pour sorcier), ainsi que le maléfice (maleficium) comme objet de poursuites et de condamnations. De plus, le Malleus considérait la sorcellerie comme un crimen mixti fori, en conséquence la justice spirituelle et temporelle était incitée à réprimer les sorcières avec de grandes libertés. Pour les auteurs du livre, la sorcellerie est un vaste complot démoniaque visant à détruire la chrétitenté. Pour cela, le diable tente de s’appuyer sur les femmes, qui semblent donc faire l’objet d’une grande méfiance de la part de l’Eglise. Profitant de la faiblesse des femmes (misogynie ?), le diable peut les séduire et les corrompre avec une grande facilité et peut s’unir charnellement avec elles. Ces femmes, devenues des sorcières, sèment alors le désastre dans le monde chrétien. Elles rendent les hommes impuissants et les femmes stériles, tuent les fœtus dans le ventre des mères, donnent les nouveau-nés au service du diable, changent les humains en bêtes féroces, et notamment en loup-garous. Les auteurs du Malleus vont jusqu’à les rendre coupables des maladies, de la lèpre, de la cécité, d’infirmité et d’autres catastrophes. Elles déchaineraient également  les éléments, tels le tonnerre, la tempête ou la grêle. Il n’est donc pas étonnant de savoir que 3 personnes sur 4 envoyées au bûcher étaient des femmes.
Cependant, c’est principalement au sein du mode rural que les sorcières exercent, si on en croit le Marteau des Sorcières. En effet, le personnel médical étant quasiment absent des campagnes, les « guérisseuses » demeurent donc l’unique recours des paysans. Mais elles sont craintes puisque si elles sont capables de guérir, elles peuvent aussi amener la mort et la souffrance. D’ailleurs, les chasseurs de sorcières se répandirent durant la deuxième moitié du XVème siècle, et les personnes pratiquant la « magie » sont désignées comme démoniaques. Par ailleurs, le clergé appelait même les paysans à les dénoncer. Alors les accusations se multiplient, et lorsque des humains ou des animaux tombent malades ou décèdent subitement, ce sont les fameuses « guérisseuses » qui sont les principales responsables et accusées d’ensorcellement. Ces sorcières sont généralement des femmes isolées, d’un certain âge, et côtoyant peu de monde, et elles suscitent parfois l’imagination des ruraux qui voient en elles des démones ayant conclu un pacte avec le diable. Ainsi des centaines de bûchers sont allumés, dans le seul but d’exterminer la sorcellerie.








Personne ne peut nier l’influence considérable qu’a eu le Malleus puisqu’il fera l’objet de vingt-six à vingt-huit éditions entre les années 1487 à 1669. On lui associe même le qualificatif de « Manuel de la Chasse aux Sorcières par excellence ». cependant, à la différence des causes où comparaissent les hérétiques, ces affaires relèvent des tribunaux civils et non de l’Inquisition, mais cela n’empêche pas certains inquisiteurs de pouvoir faire partie des magistrats. De plus, les accusés étaient rarement défendus puisque celui ou celle qui défendait l’accusé pouvait aussi passer pour une serviteuru du diable.
Le Marteau des Sorcières détaille la procédure d’accusation en trois étapes :

• Une série de question pour vérifier si l’accusation de sorcellerie est fondée, si l’accusée échoue à l’interrogatoire, c’est-à-dire, si ses accusateurs pensent qu’elle a le potentiel d’une sorcière ou qu’elle ne peut pas prouver son innocence, ils passent à l’étape suivante ;
• La recherche de preuves contre la sorcière, une  marque significative prouvant son lien avec le démon, une manifestation publique de son pouvoir diabolique. S’ils arrivent à trouver une preuve valide contre elle, ils passent à la dernière partie de la procédure.
• La torture, seul moyen disponible et efficace pour avoir les aveux de la sorcière. Pour les magistrats, l’aveu est important puisque, sans lui, ils n’ont pas le droit de prononcer de condamnation. De plus, en général, les juges sont persuadés de la culpabilité des sorcières, et donc le recours à  la torture fait partie de la normalité dans une procédure. Les juges font confesser à leur victime le pacte avec Satan et l’union avec le diable, le reniement de leur foi chrétienne, et leur font avouer qu’elles disposent d’une poudre destinée aux maléfices. Egalement, les magistrats demandent parfois les noms des complices puisqu’à l’époque, il était peu concevable qu’une femme ait la conscience de pouvoir agir seuls. Par ailleurs, certaines torturées en venaient même à dénoncer leurs parents où leurs amis, qui à leur tour dénoncent d’autres gens pour mettre fin à leurs souffrances. Leurs aveux les conduisent principalement au bucher. Enfin, les rares accusés qui résistent au supplice sont condamnées au bannissement. Il est impossible de donner un bilan précis sur le nombre des victimes, faute de sources. Les chiffres ne peuvent pas non plus prendre en compte les exécutions sommaires. Mais on peut situer, grâce aux archives restantes (surtout en provenance d’Allemagne), que sur 100 000 accusations relevées à cette période en Europe occidentale, 50 000 personnes furent exécutées, dont 40 000 étaient des femmes.







La première dissertation historique sur les procès de sorcellerie fut l’œuvre du juriste de Halle Christian Thomasius, dans son De Origine ac Progressu Processus Inquisitorii contra Sagas (1712). Il commence par définir l’image des sorcières de son époque, puis tente de prouver que « ni l’écriture sainte, ni les droits romain ou canonique, non plus que les lois des anciens Francs, n’ont su quelque chose de telles sorcières ». Thomasius va même conclure : la « fable d’une secte des sorcières est apparue en Italie vers 1400 » et c’est à travers la bulle Summis desiderantes affectibus que l’inquisition contre les sorcières aurait été introduite, sur l’ordre de la papauté. Le Malleus Maleficarum ne joue donc pas de rôle déterminant chez Christian Thomasius, au contraire de la bulle d’Innocent VIII de 1484 qui était inclus dans l’ouvrage.
Pour le surintendant luthérien Eberhard David Hauber, dont les Bibliotheca, acta et scripta magica (1739) jouirent d’un grand retentissement, le Malleus, dans les années trente du XVIIIème siècle, est considéré comme « ce libre, sur lequel fut fondé […] le savoir de base concernant la magie et les procès qui furent menés sous cette accusation », et « en vertu duquel […] quelques centaines de milliers d’hommes perdirent leur honneur, leurs biens et leur vie […] ».

Peu de temps après le dernier procès européen pour sorcellerie, celui de la servante Anna Göldin, dans le canton suisse réformée de Glaris, en l’an 1782, le pasteur évangélique Johan Moriz Schwager publia un Essai d’une histoire des procès de sorcellerie ( Versuch einer Geschichte der Hexenprozesse) en 1784, qu’il dédia à Joseph II, le « vainqueur de la supersition et des tyrans de la conscience ». la présentation de Schwager est basée selon ses propres expériences de prédicateur concernant la superstition, qui « continue encore à nuire la religion ». sa conception de l’histoire suit la pensée cicéronienne de l’Historia magistra : « l’histoire est une maitresse d’enseignement pour les sages et un fouet pour les fous […]. La superstition […] est encore bien présente […]. On doit donc lui opposer une histoire fidèle de la superstition et de ses funestes suites, qui agira et effraiera plus efficacement que des réfutations abstraites ». dans cette œuvre, on y retrouve « un choix d’extraits du Marteau des Sorcières et des informations détaillées sur ce livre maudit », car « les principes qui y sont contenus ont encore pour une part leurs amis et leurs défenseurs, quoique la plupart de nos théologiens ne connaissent même plus cette source répugnante ».

Le Malleus Maleficarum, manuel de chasse aux sorcières, a engendré la mort dans de nombreuses campagnes d’Europe, principalement en Allemagne, et a été approuvé officiellement par la papauté. Par ailleurs, ce livre illustre les mentalités rurales du XVème et du XVIème siècle, c’est-à-dire à la veille des remises en causes à l’encontre de l’Eglise, et à l’aube de la naissance des théories protestantes. L’Eglise s’est encore rendue responsable de crimes en voulant affirmer son autorité, et il n’est pas étonnant que celle-ci s’attire même l’hostilité d’ecclésiastiques, durant les siècles suivants, qui préféraient s’écarter de l’ordre établi plutôt que y rester. Aujourd’hui encore, la papauté ne reconnait toujours pas son erreur en ayant soutenu la chasse aux sorcières, et qui avait contribué à l’envoi au bûcher de dizaines de milliers d’innocents, par simple superstition.



SOURCE :
http://realite-histoire.over-blog.com/article-25922822.html
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