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 GENERALITES

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Lanaelle
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MessageSujet: GENERALITES    Sam 5 Nov - 13:06

(source image : journal d'une inuit - unBlog.fr)






Contexte
Historique

• Définitions
• Origines et genèse médiévale
• Prohibition, condamnation et persécutions

a) Répréssion judiciaire
b) Persécution et procès
c) Délation et acccusés

• La fin des sévices
Ce que la société reproche aux sorcières et sorciers
• Médecine traditionnelle
• L’émancipation féminine ?
• La sexualité
• Le satanisme
• Sorcières et humanisme
• Mutation du phénomène
• La réhabitilitation et la mythologie contemporaine
• Anecdote

Analyse du phénomène de la sorcellerie et des chasses
Aux sorcières






La chasse aux sorcières est la poursuite, la persécution et la
condamnation de personnes accusées de pratiquer la sorcellerie.
Elle se rencontre à toutes les époques et dans toutes les grandes
civilisations, mais ce mouvement connait son apogée des années
1560-1580 aux années 1620-1630 en Europe jusqu'à sa remise en
cause progressive par le christianisme, puis par la culture
scientifique et technologique.












SOURCE :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chasse_aux_sorcière

_________________


Dernière édition par Lanaelle du Chastel le Sam 5 Nov - 19:54, édité 2 fois
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Lanaelle
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MessageSujet: Re: GENERALITES    Sam 5 Nov - 13:34




La croyance à la sorcellerie ne peut se comprendre qu'en se replongeant dans les mentalités anciennes. Dans ce contexte culturel, la nature est peuplée de forces surnaturelles. Un humain peut, par divers procédés (invocations, rituels), les mettre temporairement à son service pour faire le bien ou le mal. Dans ce dernier cas, le "sorcier" supposé est perçu comme n'importe quel criminel, donc poursuivi et condamné comme tel. Le plus souvent, il ne s'agit pas d'un procès devant un tribunal, mais simplement d'une vengeance collective, d'un lynchage populaire. Dans l'Europe païenne de jadis, comme dans le Moyen Âge chrétien, il suffit parfois qu'une personne tombe malade, qu'une grange brûle ou qu'une vache meure sans cause apparente, pour que la communauté villageoise désigne un coupable que son comportement ou sa marginalité a rendu suspect – souvent un berger (qui vit à l'écart), ou le meunier ou parfois un prêtre. On le violente, on le soumet à une "ordalie", on le tue sommairement par bastonnade, noyade ou pendaison – rarement par le bûcher.


Cette chasse aux sorcières fait parfois intervenir la justice criminelle. Placée devant de tels débordements de "justice populaire", les autorités ont toujours le réflexe de les contrôler. En fonction des rapports de force (existence ou non d'un état central puissant…), soit elles ont fait la "part du feu" (c'est le cas de le dire), soit elles ont réprimé la chasse aux sorciers. La véritable épidémie de chasse aux sorciers qui a touché certaines régions d'Allemagne à la Renaissance n'a pratiquement pas touché les états catholiques d'Espagne et d'Italie. L'inquisition s'occupait de pourchasser l'hérésie, c'est-à-dire l'erreur en matière de doctrine religieuse, mais ne s'intéressait guère à la sorcellerie qui relevait, soit des tribunaux civils, soit de l'évangélisation par le prêche. On a pu dire que, plus on était près de Rome, moins il y avait de bûchers.


Le christianisme a généralement estimé qu'il s'agissait d'une superstition païenne, car dans sa doctrine aucun être humain n'a le pouvoir de commander aux démons. D'où l'interdiction de la répression de la sorcellerie par l’Église catholique. L'Église a changé d'avis sur ce point à la fin du Moyen Âge, avant de revenir à sa doctrine initiale. En conjonction avec l'évolution des juristes, ce mouvement aboutit au début du XVIIe siècle à faire interdire par le Parlement de Paris toute forme de répression de la sorcellerie.


Des chasses aux sorciers ont eu lieu en Europe avec des hauts et des bas jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, principalement entre 1580 et 1630, faisant au total à travers les siècles un nombre considérable de victimes, qui reste cependant très difficile à estimer puisqu'on a peu de traces écrites des lynchages spontanés. Certains historiens l'évaluent entre 40 000 et 100 000. Ce qui représente en moyenne quelques individus par an, dans un pays comme la France, avec des flambées temporaires en Lorraine ou dans le Bordelais vers 1600.


La dernière sorcière à être condamnée en Europe fut Anna Göldin (1), en 1782 dans le canton protestant de Glaris (2), Suisse. Cette pratique a encore lieu dans certains pays d'Afrique et du Moyen-Orient appliquant la Sharia (3) qui interdit la sorcellerie, la magie noire, ou la prédiction de l'avenir, pratiques considérées comme polythéistes.


Si, historiquement, ce sont bien de prétendues pratiques magiques qui étaient visées, l'expression « chasse aux sorcières », dans son acception contemporaine, a adopté un sens plus figuré. Elle est utilisée aujourd’hui pour désigner la persécution de personnes au sein d’une société à cause de leurs opinions ou de leur appartenance à un groupe. L'exemple le plus connu de cet emploi actuel vise le maccarthisme (4) aux États-Unis, pour dénoncer la croisade anticommuniste du sénateur américain MacCarthy. L'expression « chasse aux sorcières » a ici une valeur polémique : on fait référence à un danger imaginaire (les "sorcières") et à une peur irrationnelle, pour dénoncer la lutte contre la propagande et l'espionnage soviétiques, qui eux étaient bien réels.













La période de la chasse aux sorcières, qui marque fortement les XVIe et XVIIe siècles en Europe, se met en place au XVe siècle et se termine vers les années 1680. Elle s’accomplit dans le contexte d’une culture dominée par la peur et poussée à la délation, entraînant des exécutions principalement basées sur des ouï-dire, des tortures inhumaines et sans preuves directes.


La chasse aux sorcières est une thématique souvent explorée par les historiens modernistes et médiévistes. Cependant, il est important de définir la notion même de sorcellerie et de sorcière, car elle n’est pas à confondre avec l’hérésie malgré leurs points communs.


Richard Kierckhefer définit le mot sorcery, en distinction avec beneficient magic, comme une magie malfaisante à but nuisible, c’est-à-dire causant une variété de maux tels que maladies, mort, pauvreté, dommages matériels, ou encore désastres surnaturels.


Néanmoins, comme l’explique Jean-Patrice Boudet, la notion même de magie « blanche » ou « noire » est anachronique pour la période du Moyen Âge, la magie elle-même était plutôt un outil aidant à accomplir le bien comme le mal. Toutefois, une certaine distinction est faite entre certaines pratiques jugées collectivement comme nocives et malsaines et d’autres pratiques dont les qualités bénéfiques sont en grande partie reconnues, telles que les remèdes de gens informés au sujet des plantes à propriétés magiques.


Il existait deux sortes de personnes se livrant à la pratique de la magie : les magiciens lettrés, appelés nigromanciens ou invocateurs de démons, et les sorciers ou sorcières.


À la différence du magicien lettré, généralement instruit et en possession de grimoires et/ou autres livres magiques, les sorcières et sorciers sont issus de milieux populaires, ne savent usuellement pas lire ni écrire, sont instruit oralement par un proche et servent de guérisseurs et envoûteurs dans leurs communautés.









Selon Boudet, le véritable point de départ de la chasse aux sorcières peut être retracé jusqu'au XIIIe siècle. En 1233 le pape Grégoire IX, à la demande de son inquisiteur exerçant en Allemagne Conrad de Marbourg, édicte en la première bulle de l’histoire contre la sorcellerie, la Vox in Rama en y décrivant le sabbat des sorciers et leur culte du diable. Dans les années 1260, le pape Alexandre IV ordonne aux inquisiteurs de s’intéresser aux « sortilèges et divinations ayant saveur d’hérésie » autant qu’aux hérétiques qu’ils poursuivaient déjà. Ces décisions font de la sorcellerie un important crime contre la foi. La base idéologique de la prosciption de la sorcellerie se met alors en place.


Le premier procès en sorcellerie à Paris est celui de Jeanne de Brigue le 29 octobre 1390 : jugée par le Parlement, elle est brûlée vive le 19 août 1391.
Au début du XIVe siècle, le nombre de procès pour sorcellerie est encore faible en Europe. Un certain nombre de ces procès touche des membres important du clergé et font souvent partie de stratégies politiques, comme par exemples les procès de Boniface VIII, des Templiers, ou encore des Visconti. Vers 1326, le pape Jean XXII rédige la bulle Super Illius Specula, qui définit la sorcellerie comme une hérésie. Sorcellerie et hérésie, jusque-là perçues comme deux univers mentaux très éloignés, vont être assimilés pour les trois siècles suivants.


Dans la seconde moitié du XIVe siècle, les procès se font plus rares, mais cette tendance s’inverse de 1376 à 1435. De la seconde moitié du XIVe siècle à la première partie du XVe siècle, la France et l’Angleterre évoluent de manière similaire, gardant un nombre de procès faible, tandis qu’en Allemagne, en Italie et plus particulièrement en Suisse, le rythme de procès augmente de manière significative. Richard Kieckhefer et Martine Ostorero expliquent ce revirement de situation par l’introduction de la procédure d’inquisition en terre d’Empire à cette période. Au début du XVe siècle apparait également la croyance du pape Alexandre V et d’une quantité grandissante de membres du clergé et de juges laïques en un complot contre la chrétienté par des assemblées et sectes de sorcières et sorciers. Ce phénomène est significatif d’un transfert du rôle de bouc-émissaire des Juifs ou encore des lépreux aux sorciers et sorcières.


De 1436 à 1499, le nombre des procès pour sorcellerie en Europe est désormais en moyenne trois fois plus élevé que dans la période précédente. Les temps sont alors troublés en Europe. Alors que l’absolutisme gagne en puissance et en influence, figeant la société, le catholicisme auparavant unifié est secoué par la Réforme. C’est dans ce contexte de peur, d’insécurité et d’affirmation du pouvoir temporel et ecclésiastique que la justice laïque poursuit la sorcellerie.


C’est à ce moment que la sorcellerie populaire prend la place de la magie rituelle des invocateurs de démon et passe au premier plan de la prohibition. À ce moment se fixe au Nord de la Loire l’image stéréotypée de la sorcière que l’on connait encore à nos jours. L’idéologie de la chasse aux sorcières qui se met en place se construit selon 3 étapes. Tout d’abord, l’aspect du crime de foi, qui se base sur une culture dénonciatrice du paganisme, de l’impiété et de l’hérésie dont font preuves magiciens et sorciers, centrée autour de la bible et d’une hantise du péché originel assigné au genre féminin entier. Ainsi, on observe une féminisation et une démocratisation des accusés. Désormais, les sorcières puisent leur énergie maléfique et destructrice du Diable lui-même. Les régions latines (Portugal, Espagne, Sud de la France, Italie) ne semblent pas pour leur part prendre au sérieux l'éventualité d'une sorcellerie féminine.


Ensuite, l’évolution de l’imaginaire touchant à la mort et au Mal. Tandis que la mort est considérée plutôt comme un sommeil apaisé et éternel et le Diable comme une figure imaginaire et comique au XIIIe et XIVe siècle, le contexte change la situation. Suite de l’épidémie de Peste Noire décimant l’Europe au XIVe siècle, puis surtout avec les ébranlements, les guerres et l’incertitude touchant les XVe et XVIesiècles, la mort devient quelque chose dont il faut avoir peur, quelque chose à redouter. La peur étant omniprésente, le diable se transforme pour incarner le Mal.


Enfin, les traités de démonologie et les descriptions des rituels pratiqués lors du sabbat, qui devient en quelque sorte une antithèse de l’eucharistie, par les sorciers et sorcières, tel que cannibalisme, meurtre d’enfants et accouplement avec le démon, le summum de la dévotion au mal. De fait, ces textes concrétisent l’imaginaire du mal. Ces récits et traités décrivent l’adoration du démon et du mal par les sorcières, et circulent, après les premiers manuscrits, sous forme d’ouvrages imprimés. Ils encouragent la peur du Mal et la peur de la sorcière, qui commet une hérésie suprême.


Les premières chasses aux sorcières ont lieu dès le deuxième quart du XVe siècle. La majorité des accusés sont des femmes, en grande partie pauvres, âgées de plus de 50 ans et le plus souvent isolées. Cette féminisation de la sorcellerie est encore implicite dans la bulle d’Innocent VIII de 1484, la Summis desiderantes affectibus, dans laquelle il lance le signal de la chasse aux sorcières et organise la lutte contre la sorcellerie, élargissant ainsi la mission de l’Inquisition aux « praticiens infernaux ». Elle est au contraire tout à fait explicite dans les deux célèbres ouvrages démonologiques qui suivirent la création de cette bulle papale. Tout d’abord, le Malleus Maleficarum(1486), par Heinrich Kramer et Jacques Sprenger, deux dominicains. Il s’agit d’une enquête commanditée par l’Inquisition qui décrit les sorcières, leurs pratiques, et les méthodes à suivre pour les reconnaître. Le Malleus Maleficarum, ou Marteau des sorcières en français, est un véritable succès : il connut près de trente éditions latines entre 1486 et 1669. Le manuel rédigé par les deux dominicains servit de référence à la justice séculière qui condamnait les sorciers. Le deuxième ouvrage, De lanii et phitonicis mulieribus ou Des sorcières et femmes devins (1489), du docteur en droit canon et juge au tribunal de Constance, Ulrich Molitor, est moins connu que le premier, et considère les sabbats non comme la réalité mais comme des illusions diaboliques. Il s’aligne cependant avec le Malleus pour réitérer la nécessité d’exécuter les sorcières pour leur hérésie et apostasie.


Actuellement, les historiens tendent à considérer la persécution des sorciers comme un enjeu stratégique entre les puissances laïques et ecclésiastiques et comme « un instrument de pouvoir »14. Robert Muchembled et Jacques Chiffoleau voient dans la genèse de la chasse aux sorcières la naissance de l’état moderne, de la christianisation excessive du pouvoir temporel et de « l’extension de la notion de majesté ». Pour Jean-Patrice Boudet, la genèse médiévale de la chasse aux sorcières prend place dans un contexte où l’Église, l’État et les locaux semblent vouloir surpasser l’orthodoxie des autres. Dans ce contexte semble avoir lieu des rivalités d’idéologie et de grands conflits entre la Papauté et le roi de France. Et c’est dans ce contexte que les procès pour sorcellerie sont utilisés comme stratagèmes politiques – de la même manière que le fait l’entourage de Philippe le Bel au début du XIVe siècle. Comme il le conclut dans son article, Boudet rapporte qu’« en France comme en terre d’Empires, sorciers et sorcières semblent donc avoir été surtout les victimes, parmi d’autres, de "surchristianisation" du pouvoir temporel qui caractérise l’automne du Moyen Âge et la première partie des Temps modernes ».














En ce qui concerne le point de vue judiciaire de la prohibition de la sorcellerie, il y a en principe deux genres de législation. Tout d’abord, il y a celle des autorités séculaires (comme le roi), qui pouvaient prescrire les peines (comme l’exécution) qu’elles jugeaient adéquates au crime de sorcellerie. En règle générale, ce type de condamnation légale se concentre surtout sur les dégâts causés par l’utilisation de la sorcellerie par l’accusé(e).


Ce n’est pas le cas du deuxième genre de proscription de l’Église, qui quant à elle se préoccupe de l’offense à Dieu que sont les cérémonies, rites et croyances qui accompagnent la sorcellerie au moins tout autant que des préjudices matériaux engendrés. Ainsi, l’Église pouvait excommunier ou exiger de l’accusé(e) qu’il ou elle fasse pénitence.


Cependant il est simpliste de diviser la condamnation de la sorcellerie ainsi, car bien souvent les deux aspects sont indissociables. Le gouvernement n’est pas laïc, et bien des souverains étaient influencés par des hommes d’église et la législation ecclésiastique faisait partie du code séculier.


Si la chasse aux sorcières telle qu’on l’évoque dans la culture populaire s’est mise en place au XVe siècle, la poursuite et la persécution d’individus accusés de sorcellerie existe déjà depuis longtemps.


On trouve déjà des mentions de l’interdiction de l’utilisation de la magie à des fins nuisibles dans certains codes législatifs des peuples germaniques au début du Moyen Âge. Un code provenant du peuple des Wisigoths, par exemple, datant du VIe siècle fait mention de sorciers nomades levants de terribles tempêtes ou acceptant de l’argent pour jeter de mauvais sorts.


Cependant l’un des éléments les plus frappants dans l’évolution de la proscription de la sorcellerie est la variation des punitions qu’elle engendre. Au tout début du XVe siècle, une personne accusée de sorcellerie à Lucerne encourait majoritairement une excommunication et/ou un bannissement. Pendant la fin de la dernière décennie de ce même siècle, la même accusation dans la même ville avait un haut risque de mener à une exécution au bûcher.


Cette transformation est souvent attribuée à la naissance du concept de la sorcière diabolique, qui attise les peurs.









À la suite du début de la chasse aux sorcières au début du XIVe siècle, après l’émission de la bulle Summis desiderantes affectibus (5) d’Innocent VIII de 1484, et la parution d’une quantité grandissante d’ouvrages démonologiques diabolisant l’imaginaire du sabbat, commence un mouvement d’arrestations systématiques dans toute l’Europe.


On peut observer ce phénomène principalement en Allemagne, en Suisse et en France, mais également en Espagne et en Italie. Cette première vague dure environ jusqu’en 1520. Puis une nouvelle vague apparaît de 1560 à 1650. Les tribunaux des régions catholiques mais surtout des régions protestantes envoient les sorcières au bûcher. On estime le nombre de procès à 100 000 et le nombre d'exécutions à environ 50 000. Brian Levack évalue le nombre des exécutions à 60 000. Anne L. Barstow révise ces nombres et les élève à 200 000 procès et 100 000 exécutions en prenant en compte les dossiers perdus. Mais Ronald Hutton fait valoir que l'estimation de Levack prenait déjà en compte les dossiers manquants, lui-même penche pour 40 000 exécutions.


Cependant, d’après Laura Stokes, l’application et la sévérité de cette chasse aux sorcières n’est pas uniforme à travers l’Europe, comme elle le démontre en prenant les villes de Bâle Lucerne et Nuremberg comme exemple. On peut observer une variété de cas différents non seulement entre les cités mais également avec elle-même à travers le temps. À Nuremberg, par exemple, malgré la publication par Heinrich Kramer d’une version abréviée du Malleus Maleficarum appelée le Nürnberger Hexenhamme, et bien que la ville devienne fortement préoccupée par la réformation et la punition de transgressions morales, elle ne place pas grande foi dans les accusations de sorcellerie, les considérant plutôt comme superstitions populaires et ignorance. À Bâle également, cette notion est finalement rejetée après un pic de sévérité au milieu du XVe siècle. Au contraire, si le stéréotype a mit du temps à s’incruster dans les mentalités à Lucerne, on peut constater y un crescendo de violence judiciaire envers les sorcières.


Ce changement des méthodes et punitions appliqués aux accusés de sorcellerie coïncide avec la réception de la loi Romaine dans les pays germanophones. C’est un procédé qui culmine dans le second quart du XVe siècle, en même temps que le début de la chasse aux sorcières. D’après Laura Stokes, ces processus prennent place alors que le statut et la perception des élites urbaines d’elles-mêmes, qui réalisent que dans ces temps troublés, elles devaient démontrer et asseoir leur autorité et légitimité à travers une nouvelle façon de gouverner. Dans cette situation, un durcissement du point de vue légal sur le crime n’était pas malvenu. Cette théorie peut expliquer le besoin de faire des exemples des sorcières à travers la sévérité de leurs procès. Comme Stokes le rapporte elle-même, « finalement, la transformation du système judiciaire du XVe siècle peut être attribué à la mentalité des personnes aux pouvoir de ces villes, à leur nouvelle identité en tant que classe régnante, et à leur propre sens de la responsabilité pour le bien de la communauté » . Le début du phénomène de la chasse aux sorcières s’inscrit donc dans un mouvement beaucoup plus vaste tendant à la discipline morale de la société, qui rassemble des tentatives de suppression d’une quantité bien plus nombreuse de conduites, comme la sodomie ou le vol.


En 1613, en Allemagne, le superintendant de Henneberg déclarait : « Les autorités ne doivent pas permettre aux avocats de s'occuper des affaires de sorcières et de leur sauver la vie pour provoquer encore plus de dommages et de maux. Car tout le mal que de telles fiancées du diable font, les régents et les honorables avocats devront un jour en répondre devant Dieu et la chaire du Christ. » Les juges pratiquent une certaine douceur dans le questionnement, pour mettre l'accusée en confiance, mais les questions théologiques, comme celles qui furent pratiquées pour le procès de Jeanne d'Arc, perdent les pauvres paysannes sans culture que ces femmes étaient le plus souvent. Les plus cultivées, comme Adrienne d'Heur en 1646 lorsqu'on lui demande si elle croit aux sorciers, sait que si elle répond non, on l'accusera de ne pas croire au diable et donc de s'opposer au dogme de l'Église et que si elle répond oui, on lui demandera d'où elle tient cette certitude suspecte : connaîtrait-elle donc personnellement des sorciers ? Adrienne sent le piège et répondra qu'elle croit aux sorciers parce que la Bible en parle.


Les méthodes sont celles utilisées à toute époque quand l'accusé est jugé coupable avant même que commence le procès. Un moment clé de l'interrogatoire est l'apparition des témoins qui sont souvent des proches de la sorcière. L'instant d'avant, elle ne savait pas qui avait déposé contre elle et, tout à coup, l'accusée s'effondre quand elle réalise quelles personnes se sont liguées contre elle. Le livre de Friedrich Spee, Cautio Criminalis, écrit à l'époque de la persécution la plus violente en terre germanique, décrit parfaitement le mécanisme implacable qui fait que la sorcière ou le sorcier ne peuvent que mourir ; s'ils n'avouent pas, ils sont accusés de taciturnité diabolique et sont condamnés, s'ils avouent sous la souffrance, ils sont également brulés.







Bien souvent, les raisons principales poussant à la délation sont la peur, la mythomanie, l’appât du gain ou le désir d’assouvir des haines personnelles.

Les gens riches ne sont pas protégés, leurs biens étant une tentation pour leurs accusateurs. Les condamnations pouvaient parfois être étendues à leurs enfants, surtout s’il s’agissait de filles. Les juifs, les homosexuels, les marginaux et « errants », les pauvres hères et vagabonds, ou encore les « gens du voyage » font aussi partie des victimes. Des animaux ont même été brulés pour sorcellerie, de même qu'ils pouvaient parfois être poursuivis pour coups et blessures. Les prêtres eux-mêmes n'étaient pas à l'abri, comme le rappelle Von Spee.








Le mouvement de la chasse aux sorcières ralentit et atteint sa fin au XVIIe siècle, pour plusieurs raisons. En France, le Parlement de Paris, de moins en moins épris avec les œuvres de démonologies, n'est plus aussi rapide à exécuter les sorcières. De plus les superstitions et croyances en des sectes de gens dotés de pouvoirs surnaturels dont le but était de propager le mal et la dévastation décroit avec les ans. En outre, l'essor de la médecine et la stabilisation de la société qui font que peur et maladies s'estompent, rendant le besoin d'un bouc-émissaire surnaturel caduc. La présence même de sorcières est remise en question, et devient vite considéré comme une simple superstition. Les dates varient selon les nombreuses régions, mais la chasse aux sorcières prend principalement fin dans les années 1680. En France, l’Édit de juillet 1682 décriminalise la sorcellerie.


La dernière femme exécutée pour sorcellerie est Anna Göldin à Glaris, dans la Suisse protestante en 1782.


À Bournel en France une femme accusée de sorcellerie fut brûlée par des paysans en 1826 et une autre "sorcière" jetée dans un four en 1856 à Camalès canton de Vic-en-Bigorre. En 1886 à Luneau, le couple composé de Georgette et Sylvain Thomas brûle vive la mère de celle-ci, l'estimant possédée et responsable de leur malheur.






(1)  Anna Göldin ou Anna Göldi (1734-1782) était une servante dans le canton de Glaris en Suisse. Elle fut la dernière femme exécutée pour sorcellerie en Suisse, le 18 juin 1782. Elle est aussi probablement parmi les dernières en Europe : deux Polonaises auraient été exécutées en 1793 pour sorcellerie.

En France, le 28 juillet 1826 une sorcière fut brûlée par des paysans à Bournel, une autre jetée dans un four en 1856 à Camalès canton de Vic-en-Bigorre

Une procédure de réhabilitation a été entamée en novembre 2007 par le Grand Conseil du canton de Glaris, avant qu'Anna Göldin ne soit définitivement innocentée en août 2008.
Un musée lui est consacré à Mollis, il a été inauguré en septembre 2007.








(2)  Au XIIIe siècle, Glaris appartient à l'abbaye de Säckingen, représentée par un mayor. La souveraineté est exercée d'abord par les Lenzbourg, puis le comte palatin Othon de Bourgogne, auquel succèdent les Kibourg et finalement les Habsbourg.

Glaris obtient l'immédiateté impériale en 1415.
Le canton reste neutre lors des guerres de Kappel.
Entre 1798 et 1803, le territoire de Glaris fait partie du canton de Linth.





(3)   La charia ou charî'a (arabe : الشَّرِيعَة) représente dans l'islam diverses normes et règles doctrinales, sociales, cultuelles, et relationnelles édictées par la « Révélation ». Le terme utilisé en arabe dans le contexte religieux signifie : « chemin pour respecter la loi [de Dieu] ». Il est d’usage de désigner en Occident la charia par le terme de loi islamique qui est une traduction très approximative puisque n'englobant que partiellement le véritable sens du mot (ce terme est d’ailleurs utilisé en place de droit musulman). La charia codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociétales. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes comme l’émanation de la volonté de Dieu (Shar'). Le niveau, l’intensité et l’étendue du pouvoir normatif de la charia varient considérablement sur les plans historiques et géographiques1. En Occident, certaines de ces normes sont considérées incompatibles avec les droits de l'homme.






(4)   Le maccarthysme ou maccarthisme (McCarthyism en anglais) est une période de l'histoire américaine, connu également sous le nom de « Peur Rouge » (Red Scare)1 et qualifié fréquemment de chasse aux sorcières (witch hunt). Il s'étend de 1950, avec l'apparition du sénateur Joseph McCarthy sur le devant de la scène politique américaine, à 1954, avec le vote de censure contre McCarthy. Pendant deux ans (1953-1954), la commission présidée par McCarthy traqua d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis dans une ambiance anticommuniste. Par simplicité l’expression est parfois utilisée dans un sens plus large. Elle désigne alors l'ensemble des investigations et de la répression menées par des commissions parlementaires américaines à propos des communistes, leurs sympathisants ou supposés tels, englobant ainsi celles menées par la HUAC à partir de 1946.







(5)  Summis desiderantes affectibus (en français : « Désireux d'ardeur suprême ») est une bullepromulguée par le pape Innocent VIII le 5 décembre 1484. Elle est rédigée en réponse à la demande de l'inquisiteur Heinrich Kramer à disposer de pouvoirs explicites à poursuivre la sorcellerie en Allemagne, après avoir essuyé un refus d'aide par les autorités ecclésiastiques locales. Cette bulle pontificale conduit les deux inquisiteurs Heinrich Kramer et Jacques Sprenger à mener en Allemagne, une chasse aux sorcières cruelle. Ceux-ci rédigeront, en 1486 ou 1487, le Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcières), un traité sur la sorcellerie et les moyens pour lutter contre la sorcellerie (livre toujours édité de nos jours). Innocent VIII, donne une pleine approbation pontificale à l'inquisition afin de procéder à la correction, l'emprisonnement, punition et châtiment de ces personnes « selon leurs mérites ». La bulle reprend essentiellement les vues de Kramer, sur le fait qu'une épidémie de sorcellerie et une hérésie se produisent dans la vallée du Rhin en particulier dans les diocèses de Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg et Brême, comprenant les accusations de certains actes.


La bulle exhorte les autorités locales à coopérer avec les inquisiteurs et menace ceux qui entravent leur travail d'excommunication. Malgré cette menace, la bulle omet de s'assurer que Kramer obtienne le soutien qu'il espérait, l'obligeant à se retirer et rassembler son point de vue sur la sorcellerie dans son livre Malleus Maleficarum. Summis desiderantes affectibus est publié dans la préface du livre pour signaler l'approbation papale de son travail.


La bulle, qui synthétise les crimes spirituels et séculaires de la sorcellerie, est souvent considérée comme ayant ouvert la porte à la chasses aux sorcières de l'époque moderne. La bulle est également considérée comme « clairement politique », inspirée par des conflits de compétence entre les prêtres catholiques allemands et les clercs de l'office de l'inquisition qui répondent plus directement au pape.

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MessageSujet: Re: GENERALITES    Sam 5 Nov - 15:01








Les femmes accusées de sorcellerie sont souvent sages-femmes ou guérisseuses (6), dépositaires d’une pharmacopée (7) et de savoirs ancestraux. La population, essentiellement rurale, n’avait guère d’autre recours pour se soigner. Ces méthodes définies comme magiques se heurtent au rationalisme de la Renaissance. Des incantations en langue connue ou inconnue sont souvent associées aux soins et l'Église contraint les fidèles à remplacer ces gestes et incantations par des prières aux saints guérisseurs et par des signes de croix. Les sages-femmes sont accusées de pratiquer des avortements.






Selon l'historienne Alison Rowland, spécialiste de la chasse aux sorcières, "les interprétations féministes les plus radicales de la chasse aux sorcières ont émergé dans un contexte d'activisme politique féministe hors de la sphère académique, et étaient par conséquent polémiques et historiquement inexactes [historically inacurrate]." Rowlands ajoute que les historiens "critiquent le présupposé des féministes radicales selon lequel les chasses aux sorcières étaient des "chasses aux femmes", la sur-dépendance de leur analyses au manuel de démonologie "Le marteau des sorcières" (Malleus Maleficarum), leur réticence à travailler sur les archives des procès de sorcières, et leur usage anhistorique des termes "misogynie" et "patriarcat" qui minimise la spécificité historique de la culture et de la société de la Renaissance."


En contrepoint, Rowlands note cependant que cette antipathie de nombreux historiens académiques envers les analyses féministes, en particulier celles des féministes radicales, "peut cependant être contreproductive, car elle les dissuade de travailler à partir des éclairages utiles [helpful insights] que le féminisme jette sur le caractère genré des accusations de sorcellerie, en particulier en relation avec l'analyse du patriarcat." Elle déplore que l'historienne féministe Christina Larner, autrice d'une "étude révolutionnaire sur la chasse aux sorcières en Écosse", ne soit citée que de façon sélective par ses confrères : sa formule "La sorcellerie n'était pas spécifique au sexe [sex-specific] mais elle était liée au sexe [sex-related]" est souvent reprise, alors que l'est beaucoup moins son observation subséquente "Les femmes qui étaient accusées étaient celles qui remettaient en cause [challenged] la vision patriarcale de la femme idéale."


Pour Rowlands elle-même, "Le genre influençait [shaped] tous les aspects de la sorcellerie et des procès en sorcellerie aux Temps Modernes."



Citation :
L’accusation de sorcellerie a-t-elle été utilisée pour condamner une certaine émancipation féminine vis-à-vis des contraintes de la société ? C'est une thèse très discutable. Lors de son procès pour hérésie, on a reproché à Jeanne d'Arc (08)de porter des habits d’homme - ce qui n'était pas un délit (elle les portait depuis trois ans avec l'accord du roi de France et de l'archevêque de Reims !), mais a pu être utilisé comme argument de mauvaise foi par ses juges -, d’avoir quitté ses parents sans qu’ils lui aient donné congé, et de monter à cheval (ce qui était parfaitement admis pour une femme, comme le montrent d'innombrables illustrations médiévales).




Citation :
Presque toutes les femmes travaillaient à l'époque, et la relative indépendance économique dont elles jouissaient ne posait pas de problème (par exemple Christine de Pisan dirigeait un atelier de copistes). Les femmes sans appui masculin, les veuves en particulier, étaient plus facilement condamnées, d'autant que si elles étaient riches, leur bien était partagé entre l'accusateur et le juge. Également, le bourreau pouvait être payé à la pièce.




Ces procédés sont dénoncés en particulier par le jésuite Von Spee. Mais tout homme solitaire pouvait également devenir suspect de sorcellerie aux yeux de la communauté locale : ce sont souvent des bergers, des meuniers, voire des prêtres qui étaient désignés comme "sorciers".



Citation :
Le cas des béates est particulièrement révélateur. Des femmes indépendantes réunissent autour d'elles de nombreux fidèles, et disent avoir des visions parfois même des entretiens avec le Christ ou la Vierge Marie, mettant en péril l'unité de la doctrine catholique (bien qu'à échelle réduite). Certaines d'entre elles sont condamnées pour sorcellerie tandis que d'autres, rattachées à un confesseur qui les canalise, sont canonisées. (9)







On reproche également aux sorcières leur sexualité. On leur prête une sexualité débridée. D’après le Marteau des sorcières Malleus Maleficarum, elles ont le « vagin insatiable ». Les sabbats (10) qu’on leur reproche sont l’occasion d’imaginer de véritables orgies (11) sexuelles. On retrouve ici dans la sorcière la figure de Lilith (12), que la tradition juive présente comme la première femme d’Adam. Formée par Dieu à l’égal de l’homme, Lilith aurait abandonné Adam car il refusait de se livrer au jeu de l’amour en dehors des positions traditionnelles (position du missionnaire).


Il faut aussi rapprocher ces sabbats de fêtes anciennes, comme Beltaine (13)au printemps, qui étaient des fêtes de la fécondité. Il a pu y avoir, au Moyen Âge et à la Renaissance, des résurgences de ces fêtes.


Il est probable, à lire certains comptes rendus de prétendues relations sexuelles avec le diable dans certaines maisons ou dans la nature, que des hommes déguisés abusaient de la naïveté de certaines femmes en se faisant passer pour le diable, avec ou sans complicités. L'autre aspect de cette focalisation sur la sexualité est l'accusation de rendre les hommes impuissants (« nouer l'aiguillette ») ainsi que la terre et les animaux infertiles. Institoris raconte dans Le Marteau des sorcières que les sorcières volent les sexes masculins et les cachent dans des nids. La guerre de la fertilité est attestée par les travaux de l'historien Ginzburg sur les benandantis du Frioul qui vont en rêve combattre les sorciers et démons qui volent les récoltes. Ces croyances sont immémoriales.






Si les populations païennes marginalisaient ou parfois lynchaient un "jeteur de sorts", elles admettaient cependant les transes et les états de possession (et les admettent toujours, voir les cultes Vaudou et les diverses formes de chamanisme). Le judéo-christianisme, lui, considère qu'il s'agit d'une attaque du démon contre une personne qui en est victime : Jésus a donné l'exemple en délivrant des possédés, en "chassant le démon". Et l’Église emploie encore aujourd'hui des prêtres exorcistes. Mais, dans les cas rares où c'est la personne elle-même qui a recherché l'état de transe, on pouvait l'accuser d'avoir basculé du côté du Mal, de la sorcellerie.


Les sorcières sont censées être en relation avec le diable (14), d'où la recherche du « signe du diable » (sigillum diaboli, sceau du diable repéré sur le corps dénudé et rasé de la sorcière par une aiguille chirurgicale car il doit être insensible et non hémorragique) et des signes associés, dont la glossolalie (15), la voyance (16), la psychokinèse (17) et les « marques du diable (en) » (pattes de crapaud au blanc de l'œil, tâches sur la peau, zones insensibles, maigreur, ...), d'utilisation de dagydes (18), de potions magiques ou de sortilèges.






La persécution des sorcières culmine aux XVIe et XVIIe siècles et coïncide avec la Renaissance (19), c'est-à-dire le début de l'époque moderne qui est caractérisé par l’humanisme (20) et les débuts de l’imprimerie. Les sorcières étant des boucs émissaires, dans le sens de la théorie de René Girard (21), les chasses aux sorcières correspondent avec les périodes de guerre (guerres de religion, guerre de Trente Ans) et les malheurs du temps (famines, épidémies etc.). Les grands penseurs humanistes ne s’élevèrent pas contre ce mouvement, à l’exception de Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim (22) qui fut attaqué pour soutien à la sorcellerie.


Le pasteur allemand Anton Praetorius (23) de l’Église réformée de Jean Calvin édita en 1602 le livre De l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers (Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht) contre la persécution des sorcières et contre la torture. Le jésuite Friedrich Spee von Langenfeld (24) qui a accompagné de nombreuses prétendues sorcières au bûcher publia sous l'anonymat un livre pour les défendre (cautio criminalis), toute sa vie il se battit pour les défendre, et invitait les juristes et tous ceux qui contribuaient à cette chasse, d'assister à une séance de torture au cours de laquelle il dit avoir vu blanchir ses cheveux en voyant tant de détresse et de souffrance qu'il ne pouvait soulager. Il les adjurait d'appliquer la constitution caroline de Charles Quint, un système de droit pénal évolué et protecteur des droits des accusés. Les pratiques locales étaient souvent peu respectueuses des textes, ce qui explique que dans certains lieux il y ait eu des flambées de violence et rien du tout 50 kilomètres plus loin.


Le grand juriste Jean Bodin (25) publia un traité de démonologie. Il est dans la ligne dure du Marteau des sorcières et s'élève violemment contre ceux qui les défendent. Ce mouvement de normalisation des esprits et des mœurs s’inscrit dans la progression de la pensée de la Renaissance.


Au contraire, son contemporain Montaigne ne voit dans la sorcellerie qu’illusions de vieilles femmes superstitieuses à qui il faudrait « quelques grains d’ellébore ». Le médecin Jean Nydault réduit également la sorcellerie à un fantasme. La psychiatrie est née au pied des bûchers, les médecins s'interrogeaient sur ce qu'était la possession, les visions, les hallucinations. Jan Wier (de paestigiis daemonium 1567) et Paulus Zachias font partie des sceptiques. Jean Wier (26) assure : "ces pauvres possédés et ensorcelés sont victimes de leur imagination avivée par des tourments". Comme le remarque Esther Cohen, « Au nom de la science, la rationalité occidentale éradique les figures de l’altérité ».


Esther Cohen établit un parallèle avec les thèses des philosophes de l’école de Francfort (27), comme Adorno (28) ou Walter Benjamin (29). Selon eux il existe un lien entre le processus de civilisation et la barbarie. Le progrès et la violence marchent de pair. Les sorcières sont un des boucs émissaires (30) de la modernité.


René Girard explique que les boucs émissaires sont universellement répandus, mais que seul le christianisme a pu envisager que les "sorcier(e)s" soient innocents. D'où l'utilisation de tribunaux de l'Inquisition, où s'était ébauché un droit de l'accusé et une procédure rationnelle de recherche de la preuve et de l'aveu, essentiellement par questions/réponses. Il n'y aurait donc pas eu à proprement parler une recrudescence de chasse aux sorcières particulière à la Renaissance, mais plutôt une prise de conscience du "scandale" (au sens Girardien du terme)







Au XVIIe, avec le développement de l'état royal centralisé, notamment en France et en Espagne, le pouvoir accroît son contrôle et met au pas les mouvements populaires, dont les chasses aux sorcières sont un aspect. À partir des années 1620, le Parlement de Paris interdit aux juridictions provinciales de les pratiquer. Des magistrats et des policiers sont condamnés à mort, sous Louis XIII, pour avoir fait brûler un "sorcier". Les procès en sorcellerie continuent seulement dans les régions d'Europe où l'État est faible, comme l'Allemagne. En 1634, l’affaire des possédées de Loudun (31) marque une étape. Dans un couvent d’ursulines à Loudun, les sœurs affirment avoir été ensorcelées par le curé Urbain Grandier (32). À la suite d'un procès en sorcellerie demandé par Richelieu, le curé est brûlé. Mais ce n'est qu'un cas spectaculaire d'un phénomène qui tend à disparaître. L'Église Catholique en pleine réforme, et d'autres mouvements chrétiens, remettent de plus en plus en cause ces croyances archaïques, en phase avec le développement de l'esprit critique qui condamne cette pratique. Si les masses populaires croient encore à la sorcellerie, les élites ne veulent plus en entendre parler et imposent son exclusion du champ judiciaire. La sorcellerie est de plus en plus considérée comme un symptôme d'arriération, à l'époque du progrès, de l'ordre et de la raison. À la fin du XVIIe en France, les gens qui se font passer pour sorciers sont condamnés pour escroquerie ou empoisonnement, non pour leurs relations supposées avec le diable.








L'historien auto-proclamé français Jules Michelet (33) publia un ouvrage de pure fiction en 1862 dénommé La sorcière. Il voulut ce livre comme un « hymne à la femme, bienfaisante et victime » pour voir apparaître le thème sous un jour positif, faisant de la sorcière une femme révoltée alors qu'il s'agissait le plus souvent de femmes âgées, frêles et vivant en marge de la société. Sa motivation était uniquement anti-catholique, et il y invente les "millions de morts de l'Inquisition". Les représentantes des mouvements féministes des années 1970 se sont emparées et ont revendiqué l'oppression par la sorcellerie comme symbole de leur combat. On notera par exemple la revue Sorcières de Xavière Gauthier, qui étudiait les « pratiques subversives des femmes ».






Une loi anglaise de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Cette loi qui ne fut pas toujours appliquée à la lettre fut abrogée seulement en 1959.





(6) Un guérisseur est une personne, généralement dépourvue de diplôme médical, qui guérit, ou prétend guérir, en-dehors de l'exercice légal scientifique de la médecine, par des moyens empiriques ou magiques, en vertu de dons particuliers supposés ou à l'aide de recettes personnelles.




(7) Historiquement, une pharmacopée est un ouvrage encyclopédique recensant principalement des plantes à usage thérapeutique, mais également des substances d'origine animale ou minérale et, plus récemment, des substances chimiques.

Parmi les importantes pharmacopées publiées à l'époque contemporaine, il faut citer celles de Nicolas Lémery (1697), de John Quincy(1722) et d'Antoine Jourdan (1828).

De nos jours, le terme désigne généralement un recueil à caractère officiel et réglementaire des matières premières autorisées dans un pays ou dans un groupe de pays pour la fabrication des médicaments. Il existe des pharmacopées nationales, comme la pharmacopée française, dénommée codex jusqu'en 1963, et des pharmacopées internationales, comme la pharmacopée européenne, publiée par le Conseil de l'Europe, et celle publiée au niveau mondial par l'OMS.

Par métonymie, le terme de pharmacopée désigne aussi l'ensemble des médicaments, souvent des plantes, utilisés dans une région ou à une époque donnée. On parle ainsi de pharmacopée traditionnelle.
Le terme dérive du grec hellénistique φαρμακοποιΐα [farmakopoiía], « l'art de préparer les médicaments ».
En tant qu'ouvrage de pharmacie la pharmacopée succède à l'antidotaire du Moyen Âge (synonyme) ou liste de drogues composées, de médicaments. L'aqrabadin des arabes était également une liste de « drogues composées » et non de drogues simples comme Materia medica de Dioscoride ( herbes, plantes, simples médecine).






(08) Jeanne d'Arc, née vers 1412 à Domrémy village du duché de Bar dont une partie relevait du royaume de France pour le temporel et de l'évêché de Toul pour le spirituel (actuellement dans le département des Vosges en Lorraine), et morte sur le bûcher le 30 mai 1431 à Rouen, capitale du duché de Normandie alors possession du royaume d'Angleterre, est une héroïne de l'histoire de France, chef de guerre et sainte de l'Église catholique, surnommée depuis le XVIe siècle « la Pucelle d'Orléans » et, depuis le XIXe siècle, « mère de la nation française ».

Au début du XVe siècle, cette jeune fille de dix-sept ans d'origine paysanne affirme avoir reçu de la part des saints Michel, Marguerite d'Antioche et Catherine la mission de délivrer la France de l'occupation anglaise. Elle parvient à rencontrer Charles VII, à conduire victorieusement les troupes françaises contre les armées anglaises, à lever le siège d'Orléans et à conduire le roi au sacre à Reims, contribuant ainsi à inverser le cours de la guerre de Cent Ans.

Capturée par les Bourguignons à Compiègne en 1430, elle est vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg, comte de Ligny, pour la somme de dix mille livres. Elle est condamnée à être brûlée vive en 1431 après un procès en hérésie conduit par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et ancien recteur de l'université de Paris. Entaché de nombreuses irrégularités, ce procès voit sa révision ordonnée par le pape Calixte III en 1455. Un second procès est instruit qui conclut, en 1456, à l'innocence de Jeanne et la réhabilite entièrement. Grâce à ces deux procès dont les minutes ont été conservées, elle est l'une des personnalités les mieux connues du Moyen Âge.

Béatifiée en 1909 puis canonisée en 1920, Jeanne d'Arc est devenue une des quatre saintes patronnes secondaires de la France. Sa fête nationale est instituée par la loi en 1920 et fixée au 2e dimanche de mai.

Elle est dans le monde entier une personnalité mythique qui a inspiré une multitude d’œuvres littéraires, historiques, musicales, dramatiques et cinématographiques.




(9) La canonisation est un processus établi par l'Église catholique et les Églises orthodoxes, conduisant à la reconnaissance officielle d'une personne comme 'sainte', et proposée alors comme modèle exemplaire de vie chrétienne. Le saint ou la sainte reçoit une place dans le calendrier liturgique de l'Église, date à laquelle il est liturgiquement commémoré et invoqué.





(10) Dans le folklore européen, on dénomme sabbat les assemblées nocturnes de sorcières, lesquelles donneraient lieu à des banquets, des cérémonies païennes, voire des orgies.





(11) Une orgie est une réunion où l'on se livre à toutes sortes d'excès. L'étymologie se réfère aux fêtes organisées dans la Grèce antique en l'honneur de Dionysos (le Dieu de la fête du du vin).C'est à partir du XVIIe siècle que le terme détient une connotation sexuelle ; on emploie aussi le terme d'orgie pour donner une image de profusion ou d'excès : orgie de couleurs, orgie de lumière. Ce terme évoque par ailleurs une frénésie sexuelle couplée d'une profusion alimentaire, faisant partie de ces jeux de l'excès ayant pour but l'exaltation collective.
Dans l'Antiquité grecque et romaine, des orgies étaient pratiquées au moment de certaines fêtes religieuses, comme les bacchanales et les saturnales.
Aujourd'hui, le mot orgie a pris le sens de débauche de toute sorte et particulièrement : débauche de table (par exemple : faire une orgie de foie gras), ou débauche sexuelle dans le cas d'une sexualité de groupe.



(12) Lilith (en hébreu : לילית) est une figure démoniaque de la tradition juive. Elle est à l'origine un démon féminin mésopotamien. Dans les légendes juives qui se répandent au Moyen Âge, Lilith est présentée comme la première femme d'Adam, avant Ève. Elle constitue une figure récurrente dans les rituels magico-religieux car elle représente un danger pour les femmes enceintes et pour les enfants que l'on protège grâce à des amulettes.



(13) Beltaine (Bealtaine, Beltane ou Beilteine, Beltan en breton, cornique, et gallois) est la troisième des quatre grandes fêtes religieuses de l’année celtique protohistorique, fêtée le 1er mai. Elle vient après Samain et Imbolc et marque la fin de la saison sombre et le début de la saison claire. Elle est en rapport avec Belenos, Lug et Belisama. Le principal rituel de Beltaine consiste en des feux allumés par des druides où le bétail passait afin qu'il soit protégé des épidémies pour l'année à venir.




(14) Le Diable (en latin : diabolus, du grec διάβολος / diábolos, issu du verbe διαβάλλω / diabállô, signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « qui détruit ») est un nom propre général personnifiant l'esprit du mal (aussi appelé Lucifer ou Satan dans la Bible). Le mot peut aussi être un nom commun désignant des personnages mythologiques malfaisants, un ou des diables, avec une minuscule.

Dans le manichéisme, le « mal » est à égalité avec le principe du « bien », l'un et l'autre correspondant à dieu. Dans la tradition judéo-chrétienne, le « mal » et le « bien » ne sont pas égaux : les anges déchus étaient des créatures de Dieu qui n'ont pas été créés mauvais mais ont chu en se voulant les égaux de Dieu et en le rejetant ; eux et leur chef appelé « le Diable » tentent de répandre le mal en agissant auprès des hommes par la tentation. Ce faisant, le Diable a rejeté le bien et il est à l'origine du mal : « Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge » (Jean chapitre 8 versets 44).

À l'origine du mal, esprit du mal dans le monde, il est représenté sous un aspect qui varie entre l'homme et l'animal réel ou imaginaire (ours, bouc, dragon, rapace, etc.), le plus souvent aux traits hideux et repoussants.

L'existence d'une entité représentant la personnification du mal sous tous ses aspects et combinant les fonctions de maître de l'inframonde, destructeur du cosmos et responsable des pires aspects de l'humanité semble être apparue avec le monothéisme. L'élaboration de cette figure originale emprunte néanmoins aux religions polythéistes pratiquées au Moyen-Orient et aux influences desquelles les auteurs de la Bible furent soumis.




(15) La glossolalie (du grec ancien γλῶσσα / glỗssa, « langue » et λαλέω / laléô, « parler ») est le fait de parler ou de prier à haute voix dans une langue ayant l'aspect d'une langue étrangère, inconnue de la personne qui parle, ou dans une suite de syllabes incompréhensibles. Elle se distingue de la xénoglossie ou xénolalie qui est le fait de parler, sans l'avoir apprise, une langue existante. Des phénomènes de glossolalie ont été rapportés entre autres dans le christianisme, le chamanisme et le spiritisme.
Pour les chrétiens, la glossolalie correspond au « parler en langues », phénomène décrit dans les Actes des Apôtres (II, 6 sq.). Il s'agit parfois de la « langue des anges » (glossolalie vraie). Saint Paul insiste sur l'interprétation des langues dans la première épître aux Corinthiens.
La glossolalie est utilisée comme concept en psychiatrie pour désigner un trouble du langage (glossolalie fausse) qui se manifeste chez certains patients souffrant de maladies mentales. Elle consiste à prononcer des mots inventés ou à modifier des mots existants.




(16) La voyance est la capacité divinatoire à percevoir une information dans l'espace et dans le temps en dehors de l'usage des cinq sens, par perception extrasensorielle.
La personne qui aurait cette capacité est généralement appelé voyant(e) et propose des consultations payantes à des clients en attente de révélations afin de connaître ou de préparer leur avenir. La voyance est considérée comme une pseudo-science mais reste une activité populaire et lucrative, qui a même son salon.





(17) La psychokinèse ou psychokinésie (PK) est l'hypothètique faculté métapsychique d'agir directement sur la matière, par l'esprit. C'est un mot introduit par Joseph Banks Rhine pour désigner tous les effets physiques et biologiques semblant se produire à partir du désir, conscient ou non d'un individu.
La psychokinèse est étudiée par la psilogie (ou parapsychologie). La classification fournie par l'Institut métapsychique international distingue la biopsychokinèse, influence de l’esprit humain sur le vivant (bactéries, cellules animales ou végétales), la micropsychokinèse, influence de l'esprit sur le hasard (par exemple, faire en sorte qu’un dé fasse quatre ou autre) et la macropsychokinèse, influence de l’esprit sur la matière physique (en lui insufflant de l'énergie pour la déplacer, la briser, par exemple). La communauté scientifique considère majoritairement que la parapsychologie a échoué dans son projet de prouver l'existence des phénomènes psi et que la plupart des réussites psychokinétiques relèvent des techniques illusionnistes. C'est la conception de certains scientifiques tels que Georges Charpak et Henri Broch par exemple. Cependant, des institutions comme l'Institut métapsychique international, ou la Society for Psychical Research et d'autres scientifiques et universitaires comme Alfred Kastler, Olivier Costa de Beauregard, Charles Crussard, Yves Lignon, Jean-Jacques Trillat et Albert Ducrocq considèrent la psychokinèse comme un phénomène réel auquel il manque aujourd'hui un modèle d'explication théorique satisfaisant.






(18) Dans la sorcellerie occidentale, la poupée (souvent de cire, parfois de bois ou de chiffons) qui sert à jeter des sorts est appelée dagyde(du grec dagos, poupée)1. Elle apparaît dès l'Antiquité : on a ainsi retrouvé des poupées magiques dans le sanctuaire d'Isis et de Mater Magna (Ier et IIIe siècles) à Mayence. Les Métamorphoses d'Apulée (IIe siècle) en fait également mention. Les dagydes réapparaissent au Moyen Âge, on en trouve des exemples au moins depuis le XIIIe siècle en Europe.
La poupée représente une personne, et les actions sur la poupée sont supposées avoir des effets sur la personne à travers la poupée. Elle est censée contenir un élément de la personne à envoûter (cheveux, bouts de peau, rognures d'ongle…), son nom sur un morceau de papier, ou une image (photographie). La poupée est parfois consacrée suivant des rites divers. Dans les pratiques de magie noire, la poupée est piquée d'aiguilles, coupée ou brûlée à certains endroits. La personne visée est censée souffrir aux endroits où la poupée a été atteinte.




(19) La Renaissance est une période de l'époque moderne associée à la redécouverte de la littérature, de la philosophie et des sciences de l'Antiquité, qui a pour point de départ la Renaissance italienne. En effet, la Renaissance naquit à Florence grâce aux artistes qui pouvaient y exprimer librement leur art : une Pré-Renaissance se produisit dans plusieurs villes d'Italie dès les XIIIe et XIVe siècles (Duecento et Trecento), se propagea au XVe siècle dans la plus grande partie de l'Italie, en Espagne, dans certaines enclaves d'Europe du Nord et d'Allemagne, sous la forme de ce que l'on appelle la Première Renaissance (Quattrocento), puis gagna l'ensemble de l'Europe au XVIe siècle (Cinquecento). On parle de Renaissance artistique au sens où les œuvres de cette époque ne s'inspirent plus du Moyen Âge mais de l'art gréco-romain.
La Renaissance s'accompagna d'un ensemble de réformes religieuses.


Selon l'historien René Rémond, une « Renaissance » se caractérise par :


• l'apparition de nouveaux modes de diffusion de l'information,
• la lecture scientifique des textes fondamentaux,
• la remise à l'honneur de la culture antique (littérature, arts, techniques),
• le renouveau des échanges commerciaux,
• les changements de représentation du monde




(20) L’humanisme est un courant culturel européen, trouvant ses origines en Italie, principalement autour de la Toscane, qui s'est développé à la Renaissance. Renouant avec la civilisation gréco-romaine, les intellectuels de l'époque manifestent un vif appétit de savoir (philologie notamment). Considérant que l’Homme est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées, ils considèrent la quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines comme nécessaires au bon usage de ces facultés. Ils prônent la vulgarisation de tous les savoirs, dont religieux ; la parole divine doit être accessible à toute personne, quelles que soient ses origines ou sa langue (traduction de la Bible par Jacques Lefèvre d'Étaples en 1523).


Ainsi, cet humanisme vise à diffuser plus clairement le patrimoine culturel. L’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté ou libre arbitre, de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont, de ce fait, indissociables de la théorie humaniste classique.


Par extension, on désigne par « humaniste » toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. Une vaste catégorie de philosophies portant sur l'éthique affirme la dignité et la valeur de tous les individus, fondée sur la capacité de déterminer le bien et le mal par le recours à des qualités humaines universelles, en particulier la rationalité. L'humanisme implique un engagement à la recherche de la vérité et de la moralité par l'intermédiaire des moyens humains, en particulier les sciences, en solidarité avec l'humanité. En mettant l'accent sur la capacité d'auto-détermination, l'humanisme rejette la validité des justifications transcendantes de l'époque, alors éloignée des questions phénoménologiques du XXe siècle, jugées comme une dépendance à l'égard du surnaturel et de la croyance, tels certains textes présentés comme d'origine divine. Les humanistes développent une morale universelle fondée sur la communauté de la condition humaine4. L'humanisme est composante d'une variété de systèmes philosophiques plus spécifiques et de plusieurs écoles de pensée religieuse.


Bien avant d’être un concept galvaudé par la politique, l’humanisme est avant tout un terme de l’histoire de la philosophie renvoyant à la Renaissance, et plus particulièrement au mouvement d’Erasme, Michel de Montaigne ou encore Budé, lesquels ont remis à l’honneur à la fois la littérature de l’Antiquité gréco-latine et la réflexion personnelle.



(21) René Girard, né en Avignon (Vaucluse) le 25 décembre 1923 et mort le 4 novembre 2015 à Stanford en Californie, est un anthropologue et philosophe français, élu à l'Académie française en 2005.
Ancien élève de l'École des chartes et professeur émérite de littérature comparée à l'université Stanford et à l'université Duke aux États-Unis, il est l’inventeur de la « théorie mimétique » qui, à partir de la découverte du caractère mimétique du désir, cherche à fonder une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux.



(22) Henri Corneille Agrippa de Nettesheim (14 septembre 1486 - 18 février 1535), dit Cornelius Agrippa ou encore Agrippa de Nettesheim, est considéré comme un savant occultiste ou ésotériste. Le jésuite Marc-Antoine Del Rio l'appelle « archimage ».





(23) Anton Praetorius est né en 1560 à Lippstadt en Allemagne et est mort le 6 décembre 1613 à Laudenbach (Bergstraße). Il était pasteur allemand, théologien de l'Église réformée de Jean Calvin ainsi qu'écrivain. Il a lutté contre les procès en sorcellerie et la torture.




(24) Friedrich Spee von Langenfeld, né le 25 février 1591 à Kaiserswerth (Allemagne), et mort le 7 août 1635 à Trèves, Rhin-Palatinat(Allemagne), est un prêtre jésuite allemand, poète et compositeur religieux. Il est surtout connu pour avoir stigmatisé les procès iniques livrés contre de prétendues sorcières.




(25) Jean Bodin, né en 1530 à Angers et mort en 1596, à Laon, est un jurisconsulte, économiste, philosophe et théoricien politique français, qui influença l’histoire intellectuelle de l’Europe par la formulation de ses théories économiques et de ses principes du « bon gouvernement ». Il est connu pour avoir introduit plusieurs concepts qui connaitront par la suite un fort développement :

• la souveraineté : il se fait l'avocat d'une plus grande tolérance religieuse, soumise à une plus grande autorité royale. Père fondateur de la théorie de la souveraineté moderne : Puissance de commandement, puissance absolue, puissance indivisible, puissance perpétuelle.
• la théorie quantitative de la monnaie : il en perçoit les premiers contours qu'il développe à l'occasion de la controverse qu'il entretient avec Monsieur de Malestroit.

C"est le premier théoricien de la monarchie absolue. Il s'oppose en cela à Anne du Bourg.
On cite souvent par ailleurs son aphorisme : « Il n’est de richesses que d’hommes ».




(26) Jean Wier (ou Johann Weyer, Johannes Weier, en latin Joannes Wierus ou le pseudonyme Piscinarius) (né en 1515 ou 1516 à Grave dans le Duché de Brabant et mort en 1588 à Tecklenburg) était un médecin et opposant à la chasse aux sorcières.






(27) L’École de Francfort (en allemand Frankfurter Schule) est le nom donné, à partir des années 1950, à un groupe d'intellectuels allemands réunis autour de l'Institut de Recherche sociale fondé à Francfort en 1923, et par extension à un courant de pensée issu de celui-ci, souvent considéré comme fondateur ou paradigmatique de la philosophie sociale ou de la théorie critique. Il retient en effet du marxisme et de l'idéal d'émancipation des Lumières l'idée principale que la philosophie doit être utilisée comme critique sociale du capitalisme et non comme justification et légitimation de l'ordre existant, critique qui doit servir au transformisme.




(28) Theodor W. Adorno (Theodor Ludwig Wiesengrund), 1903-1969, est un philosophe, sociologue, compositeur et musicologue allemand.

En tant que philosophe, il est avec Herbert Marcuse et Max Horkheimer l'un des principaux représentants de l'École de Francfort, au sein de laquelle a été élaborée la Théorie critique. En tant que musicien et musicologue, il est représentant de la seconde école de Vienne et théoricien de la Nouvelle Musique. Et c'est en tant que philosophe (esthétique), sociologue, musicologue et musicien qu'il introduit avec Max Horkheimer la notion interdisciplinaire d'industrie culturelle, première traduction en français du titre de l'essai fondateur Kulturindustrie dans La Dialectique de la raison.




(29) Walter Bendix Schönflies Benjamin (15 juillet 1892 à Berlin - 26 septembre 1940 à Portbou) est un philosophe, historien de l'art, critique littéraire, critique d'art et traducteur (notamment de Balzac, Baudelaire et Proust) allemand de la première moitié du XXe siècle, rattaché à l'école de Francfort.
Benjamin est le neveu du psychologue William Stern, ainsi que le cousin de la poétesseGertrud Kolmar (par sa mère) et du philosophe et activiste Günther Anders, époux d'Hannah Arendt.






(30) Un bouc émissaire est un individu, un groupe, une organisation, etc., choisi(e) pour endosser une responsabilité ou une faute pour laquelle il/elle est, totalement ou partiellement, innocent(e). Le phénomène du bouc émissaire peut émaner de motivations multiples, délibérées (telles que l'évasion de responsabilité) ou inconscientes (telles que des mécanismes de défense internes). Par ailleurs, le processus peut se mettre en place entre deux personnes (e.g., un employé et son subalterne), entre des membres d'une même famille (e.g., un enfant pris pour bouc émissaire), entre les membres d'une organisation (e.g., les responsables d'une entreprise) ou à l'intérieur de tout autre groupe constitué. Outre cet aspect intragroupal, le phénomène peut également être intergroupal et s'observer alors entre des groupes différents (au sein d'un pays ou d'une société).


Il existe différents critères guidant la sélection d'une personne ou d'un groupe particulier comme bouc émissaire, tels que la différence perçue de la victime, l'antipathie qu'elle suscite ou le degré de pouvoir social qu'elle possède. Selon les cas de figure et les motivations des agresseurs, les conséquences pour la victime et les réactions possibles des protagonistes peuvent varier. De même, les possibilités d'intervention face au phénomène sont multiples, pouvant avoir lieu à la fois au niveau individuel, groupal ou procédural.






(31) L’affaire des démons de Loudun, aussi appelée affaire des possédées de Loudun est une chasse aux sorcières lancée par le cardinal de Richelieu dans les années 1630, contre le prêtre catholique Urbain Grandier, de la ville de Loudun, en France. Accusé d'avoir pactisé avec le Diable, le prêtre voit son nom évoqué par les sœurs du couvent des Ursulines possédées par le démon pendant leurs crises de délire. S'inscrivant dans la grande vague des possessions démoniaques (telles les possessions d'Aix-en-Provence de 1609 à 1611, les possessions de Louviers de 1642 à 1647 et celles d'Auxonne de 1658 à 1663), toutes ces affaires concernent des cas de possession urbaine (alors que la sorcellerie est plutôt un phénomène rural) sur des religieuses du même ordre, les Ursulines. Elles témoignent d'une part de la reconquête de l’Église catholique romaine dans le contexte de la Contre-Réforme, d'autre part du changement de mentalités en France notamment chez les « antipossessionnistes » ou chez les juges qui ne croient plus en l'omnipotence de Satan parmi les hommes et refusent cette chasse aux sorcières, et enfin de la manipulation politique orchestrée par Richelieu qui, au nom de la raison d’État, propagea cette rumeur de prétendus ensorcellements afin d'éliminer le prêtre libertin trop proche des Protestants. Cette affaire de diablerie à Loudun provoqua un « défoulement » des foules suivant le spectacle des exorcistes et suscita une littérature polémique sans égale.






(32) Urbain Grandier, né vers 1590 à Bouère et mort sur le bûcher le 18 août 1634 à Loudun, est un prêtrefrançais accusé de sorcellerie dans l'affaire des démons de Loudun et exécuté.





(33) Jules Michelet, né le 21 août 1798 à Paris et mort le 9 février 1874 à Hyères, est un historien français.
Libéral et anticlérical, il est considéré comme étant l'un des grands historiens du xixe siècle bien qu'aujourd'hui controversé. Il a également écrit différents essais et ouvrages de mœurs dont certains lui valent des ennuis avec l'Église et le pouvoir politique. Parmi ses œuvres les plus célèbres de l'époque, Histoire de France, qui sera suivie d'une non moins monumentale Histoire de la Révolution.

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MessageSujet: Re: GENERALITES    Sam 5 Nov - 15:03






Crimes et péché sont liés, un crime contre la société et les hommes est donc souvent, aussi, un crime religieux. À une accusation judiciaire peut donc très souvent être associée une accusation en sorcellerie.


Le cartésien Nicolas Malebranche (34), prêtre oratorien et théologien français, dans son célèbre ouvrage De la recherche de la vérité, proposa, au XVIIe siècle une analyse rationaliste de la sorcellerie. Même s’il admet que de très rares cas de sorcellerie soient possibles, il pense que l’immense majorité des cas sont de purs produits d’une imagination « contagieuse ». Il mobilise trois arguments de trois types différents :


• théologique : Satan a été vaincu par Dieu, et relégué dans les abîmes du monde, d’où il ne peut rien sur les hommes. Les sorciers ne peuvent donc user de pouvoirs qu’il ne peut leur donner. Argument qui reflète la doctrine habituelle de l'Église catholique.
• rationnel : ceux qui témoignent (de bonne foi) avoir été au sabbat, ne le font que parce qu’ils confondent la veille avec les rêves qu’ils ont eus en dormant. En le racontant, ils font que d’autres en rêvent la nuit, qui confondront également la veille avec le sommeil, et ainsi de suite. De plus, une telle histoire extraordinaire captive les oreilles et donne un certain prestige à qui la raconte, et s’en prévaut - ne fût-ce même que pour celui qui raconte connaître un sorcier véritable.
• pragmatique : à supposer même qu’il existe quelques cas de sorcellerie véritable, les traquer si impitoyablement ne fait qu’en multiplier les signalements. Non seulement par les dénonciations mesquines, ni seulement non plus par le complexe d’Érostrate, qui fait que n’étant doué en aucune chose qui nous puisse acquérir la gloire, nous la cherchions dans la nuisance et la destruction, mais encore parce que ceux que leur imaginaire emporte, et qui ne distinguent la veille d’avec le sommeil, trouvent confirmation de la possibilité de la sorcellerie dans sa reconnaissance institutionnelle. Aussi Malebranche en tire-t-il la conclusion qu’il vaut mieux ne pas juger les prétendus sorciers aux parlements (tribunaux de l’époque)

Pour les esprits rationnels, cette affaire de sorcières n’était que le fruit d’une société superstitieuse. Pour ceux chez qui la raison dominait, cette peur des superstitions était des plus stupides. Les philosophes du siècle des Lumières croyaient que de tels événements ne se reproduiraient plus jamais, et cela bien avant que la chasse aux sorcières soit complètement terminée.


Les Romantiques prônèrent, eux, l’imaginaire et non la philosophie de Voltaire, Newton ou Locke. Ils furent fascinés par tout ce qui a trait à la sorcellerie. Pour eux, ces femmes qui avaient été jugées folles par les philosophes des Lumières, étaient porteuses de messages, d’anciennes croyances. Elles « devenaient des visionnaires, des oracles, de glorieuses femmes fatales, victimes des forces obscures, de la pudibonderie et de l’oppression. » C’est ainsi que les Romantiques donnèrent une nouvelle image aux sorcières, celle que nous connaissons aujourd’hui, mais qui reflète plus les désirs du XIXe siècle que les réalités historiques des civilisations anciennes.








(34) Nicolas Malebranche, né à Paris le 6 août 1638 où il est mort le 13 octobre 1715, est un philosophe, prêtre oratorien et théologien français, considéré comme un cartésien. Dans ses œuvres, il a cherché à synthétiser la pensée de saint Augustin et Descartes. Malebranche est surtout connu pour ses doctrines de la Vision des idées en Dieu et de l'occasionnalisme qui lui permettent de démontrer le rôle actif de Dieu dans chaque aspect du monde ainsi que l'entière dépendance de l'âme vis-à-vis de Dieu.

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