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 BATAILLES DES CROISES

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Lanaelle
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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 12:08




La bataille de Lépante est l'une des plus grandes batailles navales de l'histoire. Elle s'est déroulée le7 octobre 1571 dans le golfe de Patras en Grèce, à proximité de Naupacte — appelée alors Lépante. Dans le contexte de la Quatrième guerre vénéto-ottomane, la puissante marine ottomane y affrontait une flotte chrétienne comprenant des escadres vénitiennes et espagnoles renforcées de galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, le tout réuni sous le nom de Sainte Ligue à l'initiative du pape Pie V. La bataille se conclut par une défaite pour les Turcs qui y perdirent la plus grande partie de leurs vaisseaux et près de20 000 hommes. L'événement eut un retentissement considérable en Europe car, plus encore que la défaite des janissaires lors du Grand Siège de Malte de 1565, il sonnait comme un coup d'arrêt porté à l'expansionnisme ottoman.

Certains historiens estiment qu'il s'agit de la bataille navale la plus importante par ses conséquences depuis celle d'Actium, qui marqua la fin des guerres civiles romaines.






Le prétexte est la prise de Chypre par les Ottomans en 1570 : la prise de cette possession de la République de Venise, au terme d'une conquête brutale (plus de 20 000 habitants de Nicosie sont mis à mort), est l'élément déclencheur de la réaction européenne. Sous le nom de « Sainte Ligue », le pape Pie V mobilise sur le thème de la croisade, et réussit à constituer une alliance entre l'Espagne, Venise, les États Pontificaux, la République de Gênes, le Duché de Savoie, l’Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte et quelques autres puissances.

Mais, en réalité, le contexte plus général est celui d'une lutte généralisée d'influence pour le contrôle de la Méditerranée. La bataille s'inscrit sur fond de tensions géopolitiques et religieuses, avec la montée de l'expansionnisme musulman ottoman en Méditerranée, qui menace les puissances chrétiennes, et en particulier les intérêts espagnols, puissance dominante dans la région à cette époque. Depuis le début du XVIe siècle, les Turcs pratiquent des razzias en Méditerranée occidentale. Débarquant sur les côtes italiennes ou espagnoles, ils pillent les villes du littoral et emmènent certains habitants en esclavage.

À cette rivalité stratégique (le contrôle de la Méditerranée occidentale), s'ajoute en arrière-plan la rivalité religieuse traditionnelle entre chrétienté et islam.






La flotte chrétienne est composée des flottes combinées pontificales, espagnoles et vénitiennes avec des contributions mineures de Gênes, d’autres États de la péninsule italienne, du duché de Savoie qui y envoie les trois galères de Nice, et des Hospitaliers. Elle est commandée par le jeune infant Juan d'Autriche (24 ans), fils naturel de Charles Quint et demi-frère du roi d'Espagne Philippe II — qui s'avère un excellent commandant.

Soldats chrétiens à bord : 8 000 Espagnols, 5 000 Vénitiens, 1 500 Pontificaux,5 000 Allemands, 5 000 Italiens, 4 000 nobles aventuriers.

La flotte ottomane est commandée par le kapudan pacha Ali Pacha Moezzin, qui se place au centre. Il est assisté d'Uludj Ali (régent d'Alger) qui dirige l’aile gauche et de Mohammed Sirocco (gouverneur d'Égypte) qui dirige l’aile droite. Les galères ottomanes sont occupées par 13 000 marins expérimentés et 34 000 soldats.
La Sainte Ligue a mobilisé au total 202 galères et 6 galéasses et pour la flotte ottomane, un total de 210 galères et 63 fustes et galiotes















Au matin du 7 octobre 1571, la flotte chrétienne en provenance de Messine rencontre la flotte turque en provenance de Lépante (aujourd'hui Naupacte) dans le golfe de Patras, au large de la Grèce.
Cette bataille est restée dans les traités d’histoire militaire comme un tournant dans la stratégie navale. En effet, c’est la première fois que les galères se voient opposées (à grande échelle) à une flotte plus manœuvrante et armée de canons. Cette combinaison technique, une stratégie qui a consisté à enfermer les Turcs dans le golfe de Lépante, une tactique consistant à faire prendre à l’abordage les galères par l’infanterie espagnole (les tercios), alliées à des défections rapides dans la flotte turque contribua grandement à la réputation de cet affrontement.

Pendant le cours de la bataille, le navire du commandant ottoman est envahi par les hommes de la galère de Juan d'Autriche ainsi que par celle de l’amiral de la flotte savoyarde André Provana de Leyni entre autres, et l’amiral turc est décapité et sa tête placée au bout du mât du navire principal espagnol, ce qui contribue à saper le moral turc.

La bataille dure une grande partie de la journée et est particulièrement violente.








La démesure de l’affrontement en fait un événement majeur : on dénombre au moins7 000 morts et 20 000 blessés chez les Chrétiens, 20 000 morts ou blessés et 3 500 prisonniers chez les Turcs (sans compter ceux qui sont massacrés à terre par les Grecs révoltés), 12 000 forçats chrétiens libérés de leurs fers.

Les Ottomans subissent une lourde défaite : 117 galères et 13 galiotes sont capturées, et 62 galères coulées, alors que les Chrétiens ne perdent qu'une douzaine de galères. 450 canons et 39 étendards sont pris aux Ottomans.

Les navires ottomans rescapés sont ramenés à Constantinople par Uludj Ali, seul amiral ottoman à s'être distingué et à avoir sauvé l'essentiel de son escadre, et qui est nommé Capitan pacha le 28 octobre.

Néanmoins, l'Empire Ottoman surmontera sa défaite. Au cours de l'été 1572, un an après Lépante, une armée de 250 galères et 8 galéasses turques, commandée par Uludj Ali, se livre à une démonstration de force en Méditerranée orientale. Venise, une fois de plus, se résigne à traiter avec le sultan de Constantinople, auquel elle verse un tribut de 300 000 ducats. Chypre demeura aux mains des ottomans.







La victoire de la flotte chrétienne à dominante vénitienne, confirme l’hégémonie espagnole sur l'ouest de la Méditerranée et met un coup d’arrêt à la progression ottomane vers l'Europe. Psychologiquement, la victoire a un retentissement considérable en Europe, car c'était la première fois qu'une flotte chrétienne réussissait à vaincre la marine ottomane.

Pour l'empire ottoman, cette défaite fut dure à digérer, mais pas extrêmement gênante : les Ottomans reconstruisirent l'intégralité des navires perdus en une année. Le grand vizir Mehmet Sokkolü aurait commenté les événements de 1571 d'une boutade ironique et menaçante :

« En nous emparant de Chypre, nous vous avons coupé un bras, et à Lépante vous nous avez coupé la barbe. Un bras coupé ne peut repousser, tandis que la barbe coupée repousse avec plus de force qu'avant. »

Cependant, les dissensions entre alliés empêchent de poursuivre l'avantage, et les projets de reconquête des Dardanelles, voire de Constantinople, doivent être abandonnés. Les Ottomans ayant reconstitué rapidement leur flotte, reprennent le contrôle de la Méditerranée orientale, pour peu de temps toutefois. Venise, ruinée par la guerre et l'interruption de son commerce avec l'Orient, négocie avec les Turcs et leur reconnaît par traité le 7 mars 1573 la possession de Chypre, pourtant objet originel du conflit.

L’expansionnisme ottoman est en revanche irréversiblement marqué par la défaite de Lépante. Comme le souligne l'historien Bartolomé Bennassar : « Avant les coups d'arrêt de Malte et de Lépante (1565-1571), la poussée turque paraissait impossible à contenir. Or, après ce paroxysme de la guerre, la Méditerranée occidentale cesse d'être pour les Ottomans un objectif prioritaire ». S'ils ont rapidement remplacé les navires, les Turcs n'ont jamais vraiment pu se remettre de la perte de 20 000 hommes, souvent hautement qualifiés — marins, rameurs, archers embarqués comme « artillerie légère ». Grâce à leur alliance avec la France, en lutte contre l'Espagne, les Ottomans réussissent à finaliser leur conquête du Maghreb avec la prise de Tunis en 1574, mais pour l'essentiel leur influence en Méditerranée occidentale prend fin avec Lépante.

Toutefois, le rôle prépondérant de la mer Méditerranée s’est progressivement atténué dans les années suivantes avec l’essor des flottes océaniques qui avait commencés quelques décennies plus tôt. De nouvelles routes sont empruntées par la chrétienté pour atteindre l'Orient en contournant l'Afrique, sans transiter par le Moyen-Orient. Cependant que la découverte de l'Amérique détourne le commerce international vers le nord de l'Europe, dont le développement signe une nouvelle primauté de l'Occident et le déclin de l'empire ottoman.

Militairement, la bataille montre la redoutable efficacité des galéasses vénitiennes (grosses galères à voiles armées de canons fixés au navire). Même si des batailles antérieures plus limitées l’avaient déjà annoncé, même si la flotte chrétienne comportait un nombre important de galères (mais la flotte turque ne comprenait pas de galéasse), et même si l’emploi du canon a été moins décisif que la légende ne l’a voulu, on considère généralement la bataille de Lépante comme la fin des flottes de galères au profit des galions armés de canons.







Lépante apparut en Europe comme une grande victoire de la Chrétienté sur les musulmans, bien que peu de pays aient répondu à l'appel du Pape, en corrélation avec la Reconquista. Elle contribua de ce fait à isoler la France qui, bien que nation chrétienne, ne participa pas à la bataille en raison de son lien avec la Sublime Porte.

On peut penser que cette bataille vit également l'émergence ou le renforcement d'une certaine « conscience européenne », structurée ici autour de son identité religieuse.

Une analyse géopolitique voit dans cette victoire « une alliance classique d'États qui craignent de ne pas faire le poids face à un ennemi plus fort que chacun d'entre eux ».






Les représentations artistiques réalisées dans les années qui suivirent la bataille de Lépante pour célébrer la victoire du christianisme furent nombreuses dans toute l'Europe.

Pour l'Italie, à Venise, l'épisode fut peint par Andrea Vicentino dans le Palais des Doges, sur les murs de la Sala dello Scrutinio et remplaça la Victoire de Lépante du Tintoret, œuvre détruite par un incendie en 1577. Toujours à Venise, les Gallerie dell'Accademia abritent la peinture de Paolo Veronese, Allégorie de la bataille de Lépante.

À Pavie, dans la chapelle du collège Ghislieri, est conservée une œuvre de Lazzaro Baldi intitulé La Vision de saint Pie V, peinte en 1673. À Rome, le pape Pie V fit réaliser de nombreuses représentations de la victoire, dont celle réalisée par Vasariexposée dans la Sala Regia des musées du Vatican.

Intéressantes en raison du rôle controversé de Gianandrea Doria pendant la bataille, six tapisseries de Bruxelles commandées par l'amiral génois sont exposées dans Sala del Naufragio du Palazzo del Principe à Gênes. Les dessins réalisés par Lazzaro Calvi et Luca Cambiaso montrent les différentes étapes de la bataille. Ils ont été reproduits par les artisans belges au travers d'un effet de miroir, ce qui rend la compréhension de l'événement encore plus problématique.






L’un des participants les plus connus est l’écrivain espagnol Miguel de Cervantes, qui y perdit l’usage de sa main gauche, gagnant le surnom de « manchot de Lépante » mais il fut capturé à son retour par l'amiral algérois Mami Arnaute au large de Barcelone. De là, il fut emmené à Alger (La Bien Gardée).

La tradition catholique attribue la victoire à la Vierge Marie : le pape Pie V avait demandé un rosaire universel pour obtenir la victoire. Il en eut surnaturellement connaissance avant que la nouvelle ne fut parvenue à Rome. L'anniversaire de la bataille fut inscrit sous le nom de Notre-Dame du Rosaire dans le calendrier liturgique romain.

À Saint-Raphaël, la basilique de style néo-byzantin « Notre Dame de la victoire de Lépante » (communément appelée « Notre Dame de la victoire ») abrite une copie de la « Croix de Lépante » qui se trouvait sur le vaisseau amiral de la flotte chrétienne, et dont l'original est conservé dans la cathédrale Sainte-Eulalie de Barcelone.

Gilles Veinstein, selon une lettre de la Sainte-Ligue publiée à Paris en 1572, mentionne que « Le désastre de Lépante aurait semé la panique à Istambul. Sélim II aurait fait passer son trésor à Bursa, de même que les femmes et les jeunes enfants mâles du sérail. Lui-même et ses janissaires se seraient réfugiés à Edirne, tandis que les défenses d'Istambul étaient renforcées. La population musulmane aurait également fui la capitale ne la laissant peuplée que de Grecs et de chrétiens francs. »


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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 12:27




La bataille de Vienne du 12 septembre1683, sur la colline du Kahlenberg, mit fin au second siège de Vienne par les Turcs.

Cette défaite décisive des Ottomans fut le point de départ d'une campagne militaire de 16 ans qui devait permettre aux Habsbourg de reprendre les territoires de Hongrie-Croatie et de mettre fin à la menace ottomane en Europe centrale.






Depuis le 14 juillet 1683, la garnison de Vienne, comprenant moins de 15 000 soldats réguliers (renforcés de volontaires civils), est assiégée par une immense armée ottomane, comprenant peut-être plus de 200 000 hommes. Malgré des assauts successifs, la ville, dont les fortifications ont été efficacement organisées par Georges Rimpler, parvient à tenir près de deux mois, sous les ordres du général Ernst von Starhemberg et d'autres officiers tels les comtes Dupigny, Serenyi,Leslie, Kielmansegg, Wirtenberg et Scherffenberg. Par ailleurs, de nombreuses forteresses situées le long des lignes de communication turques restent aux mains des Impériaux (souvent composées d'unités de frontière croates et hongroises), ce qui gêne les approvisionnements ottomans. Néanmoins, au début de septembre, la ville est proche d'être investie, bien que ses défenseurs ne manifestent aucune intention de se rendre.

Au même moment, alors que l'Empereur Léopold Ier a quitté la ville avec sa famille et une grande partie des Viennois, le chef de l'armée impériale, Charles V de Lorraine, repousse les tentatives ottomanes de progresser sur la rive nord du Danube et les empêche de prendre Pressbourg, mais, avec environ 20 000 hommes, il ne dispose pas d'assez d'hommes pour secourir la capitale de l'Empire. Pourtant, sous l'égide du Pape et de l'Empereur Léopold, une coalition se met en place. Différentes princes d'Etats du Saint-Empire, la Bavière, la Saxe et des États de Souabe et de Franconie acceptent de fournir des contingents de soldats pour appuyer l'armée impériale. En revanche, peu menacée, les Etats des princes du nord de l'Empire ne contribue guère à la coalition. Surtout, cette Sainte-Alliance reçoit un renfort de poids avec le roi de Pologne Jean III Sobieski qui accepte de dégarnir la défense de son propre pays, non sans menacer le comte Thököly, qui dirigeait la Hongrie pour le compte des Ottomans, de terribles représailles s'il profitait de cette situation.

Une armée composée de plus de 50 000 soldats impériaux, commandée par Charles de Lorraine et des forces polonaises comprenant entre 15 000 et 20 000 hommes, dirigée par Jean Sobieski, s'unissent le 31 août pour se lancer dans une offensive contre les assiégeants turcs de Vienne. Le roi de Pologne est officiellement le chef de l'ensemble des armées de secours. En face, les Ottomans comptent peut-être250 000 hommes, dont une partie seulement participe effectivement à la bataille, sont commandés par le Grand Vizir Kara Mustafa. Au sein de l'armée impériale, deux électeurs du Saint-Empire participent à l'offensive : Maximilien-Emmanuel de Bavière, Jean-Georges III de Saxe. On trouve également parmi les principaux officiers, le duc Jules-François de Saxe-Lauenbourg et l'expérimenté général Georges-Frédéric de Waldeck. Parmi les jeunes nobles présents dans l'armée impériale, on peut aussi signaler Louis de Bade ou encore Eugène de Savoie, deux futurs grands généraux de l'armée impériale. L'armée polonaise, principalement composée de cavalerie, comprend aussi des commandants expérimentés comme Stanislas Jablonowski ou plus jeunes comme Adam Sieniawski.

Dans la nuit du 11 septembre, les troupes impériales, placées à la gauche, occupent la colline du Kahlenberg au nord de Vienne. Les troupes des états de l'Empire au centre, et les Polonais, à droite, prennent progressivement position sur les hauteurs situées à l'ouest de la ville de Vienne. Les positions turques, sont situées en contrebas, avec le camp principal situé au sud, une puissante redoute, la "Türkenschanz" au centre, et de nombreux villages fortifiés et points d'appui protégeant ces deux points. Selon le plan de l'armée chrétienne, les Impériaux, situés à gauche, doivent suivre un axe nord-sud le long du Danube afin de directement menacer la "Türkenschanz" par le nord. Les forces des États du Saint-Empire, au centre, doivent converger vers ce même point en progressant vers le sud-est. Enfin, l'aile polonaise (renforcée de mousquetaires impériaux), à droite, doit progresser plein est. Néanmoins, située plus loin de positions ottomanes et devant parcourir un terrain accidenté, elle ne pourra sans doute attaquer que tardivement.





À 5 h 00 du matin le 12 septembre, l'armée impériale à l'aile gauche et celle des princes allemands au centre avancent sur l'ennemi. À midi, après de durs combats et plusieurs contre-attaques des Ottomans, les Impériaux ont déjà fortement progressé et ont pris les villages fortifiés de Nussdorf et Heiligenstadt, se rapprochant de la Turkenschanz et infligeant de lourdes pertes à leurs adversaires6. En début d'après-midi, c'est au tour des Polonais de progresser sur l'aile droite, sans toutefois engager le combat avec les Ottomans. Ils prennent position dans le village de Gersthof et occupent les hauteurs des alentours, d'où leurs cavaliers, dont les fameux hussards polonais, se préparent à attaquer. Vers 15 h 30, les troupes impériales, dirigées par Charles de Lorraine, le duc de Saxe-Lauenbourg, le duc Jean-Georges de Saxe et le général Charles-Frédéric de Waldeck, reprennent leur avance, et après de nouveaux violents combats, elles prennent les villages de Unterdöbling et Oderdöbling, ce qui les amène juste devant la Türkenschanz (où se trouve alors le vizir Kara Mustafa) qu'elles menacent par le nord et le nord-ouest. Les mousquets des troupes du Saint-Empire déciment les unités turques qui défendent la redoute.

À 16 h 00 de l'après-midi, le roi Sobieski et sa cavalerie lourde entrent en action et lancent une puissante offensive depuis les collines qu'ils occupaient. Leurs multiples charges enfoncent brutalement les lignes ottomanes et leur permettent de prendre d'assaut la Türkenschanz par l'ouest. Vers 17 h 00, attaquée par trois côtés et courant le risque d'être isolée, cette position est devenue indéfendable. Le commandant turc décide alors de se replier au sud, vers son principal camp. Néanmoins, certaines troupes ottomanes commencent déjà à se débander et à quitter le terrain. Beaucoup sont taillées en pièces par la cavalerie du Roi de Pologne. La situation devient critique pour les assiégeants.

C'est à ce moment que Sobieski décide d'une charge massive contre les dernières positions turques, au sud du champ de bataille, afin de définitivement anéantir l'armée ennemie. Aux alentours de 18 H 00, trois corps de cavalerie polonais et un corps impérial (20 000 hommes en tout) prennent la direction du camp du Vizir, avec le Roi et 3000 de ses hussards à leur tête. Cette charge est l'une des plus importantes de l'histoire européenne jusqu'alors. Démoralisées, les troupes ottomanes ne peuvent résister longtemps et se dispersent vite, dans un chaos épouvantable. Durant leur repli, beaucoup de soldats turcs sont tués par la cavalerie chrétienne. Kara Mustafa doit lui-même s'enfuir en hâte après avoir ordonné de tuer ses prisonniers, et sa défaite est totale. Dans la soirée, Louis de Bade entre dans la ville de Vienne à la tête de ses dragons, et est acclamé par la foule. Au même moment, les Polonais procèdent au pillage du camp turc, suivis par leurs alliés le lendemain.










Cette bataille marque le point de départ d'une guerre de reconquête de la Hongrie. Dans l'immédiat, Charles de Lorraine remporte une victoire à Barkan et reprend plusieurs forteresses à la frontière avec l'Empire ottoman. Mais il subit un échec devant Buda en 1684 et ne peut prendre la ville que lors du siège de 1686. La guerre se poursuit ensuite pendant treize ans, marquées par les victoires de Mohács (1687) et de Zenta (1697), et qui se conclut finalement le 26 janvier 1699 par le traité de Karlowitz (en serbe Sremski Karlovci)  : celui-ci cède à la couronne de Hongrie-Croatie notamment la Slavonie, la Syrmie, et la Bačka, les anciennes possessions hongroises que Soliman le Magnifique avait conquises au XVIe siècle. Après une nouvelle guerre en 1716-1718, Eugène de Savoie prend également le Banat de Temeszvar ainsi que la ville de Belgrade, qui est reprise par les Ottomans vingt ans plus tard. Une grande partie des terres libérées des Turcs sont colonisées par des Serbes, environ 60 000, invités par l'empereur à s'installer là, en récompense des services rendus dans la lutte contre les Ottomans (voir Migrations serbes de 1690). D'autres sont ensuite colonisées par des migrants allemands, notamment le Banat et la Transylvanie.

Si après la bataille de Vienne et durant les années suivantes, la Bavière reste fidèle à l'alliance avec l'Autriche, de nombreux États s'en désengagent rapidement, comme la Pologne ou la Saxe. À l'inverse, l'électorat de Brandebourg entre dans le conflit en 1686 et envoie un contingent de huit mille hommes remarquablement entraînés. En outre, la guerre contre les Ottomans absorbe alors les forces impériales et les empêche de participer très activement à la guerre de la Ligue d'Augsbourg, ce qui explique peut-être les revers de Guillaume III d'Orange-Nassau aux Pays-Bas.







La fête du Saint Nom de Marie, le 12 septembre, fut instituée en la mémoire de cette victoire, les soldats chrétiens avaient invoqué le nom de la Sainte Vierge avant de se lancer dans la bataille.

Une légende attestée depuis le XIXe siècle — qui connaît d'innombrables variantes — fait remonter à cette bataille l'origine du croissant de boulangerie, un kifli (kipfel à Vienne) ayant la forme de l'emblème des Ottomans vaincus, le croissant, peut-être liée à une histoire selon laquelle c'est un apprenti boulanger qui découvrit les tunnels creusés par les ottomans, permettant leur destruction. Mais les origines de ces pâtisseries régionales semblent remonter à une période largement antérieure. Le croissant apparaît à Paris vers 1840 avec l'installation de la première Boulangerie viennoise de l'ancien officier d'artillerie autrichien August Zang.


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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 13:42




L'expédition de Charles Quint contre Alger1 est menée entre le 21 et le 25 octobre 1541.
Conforté par son succès lors de la conquête de Tunis en 1535, Charles Quint décide d’attaquer Alger et d’en finir avec le pirate Barberousse qui sème la terreur en Méditerranée. Toutes les nations de la Méditerranée occidentale, hormis la France, alliée du sultan Soliman, participent à cette expédition et plusieurs de ses alliés mettent en garde l'empereur contre le fait d'attaquer tard dans l'année : aucune entreprise navale d'importance ne doit se faire entre septembre et mars. Mais l'empereur passe outre et organise cette bataille pour s'assurer le contrôle de la Méditerranée occidentale.

Un corps expéditionnaire de23 500 hommes et 516 navires réussit à débarquer mais une tempête disperse les navires, entraînant des pertes en vivres et en munitions. L'expédition se solde par un échec et l'empereur doit rembarquer sans pouvoir prendre la ville.

Ni le fol héroïsme des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ni la réputation de cruauté qu'Hernán Cortés avait acquise en Amérique, ni la présence dans l'armée d'Octave Famèse, neveu du pape Paul III, ni la valeur d'Andrea Doria, le plus célèbre amiral de l'époque, ne purent empêcher la déroute de l'armée et le naufrage de la flotte.







Les contemporains de l'expédition d'Alger en 1541, frappés par la défaite de Charles Quint, ont laissé deux types de témoignages : des récits des évènements par des participants, comme celui de Nicolas Durand de Villegaignon, publié en latin vers 1542, traduit en français en 1542 par Pierre Tolet, le rapport fait au papePaul III par le secrétaire de son légat dès son retour à Rome, peut-être le document dit Mehkemé (tribunal supérieur d'Alger où étaient conservés les actes juridiques de la Régence) d'un auteur inconnu, peut-être contemporain des faits malgré quelques erreurs historiques dues à une forte propension hagiographique, et traduit de l'arabe par Venture de Paradis, ou d'autres textes, récits de deuxième main comme El Zohrat el Nayerat de Mohamed ben Mohamed ben Abd-er-Rahman ben El Djilani ben Rakia traduit par Alphonse Rousseau en 1841, ou Razaouât de Sinan-Tchaouch écrit au XVIe siècle et traduit par Venture de Paradis en 1837 sous le titre de Fondation de la régence d'Alger, pour les textes en arabe.

Et puis l'expédition est tombée dans l'oubli comme le signale Abd El Hadi Ben Mansour du CNRS dans une recension du livre de Norman : « Et l’on peut presque dire que, si la tempête d’octobre 1541 a bien marqué les esprits, comme celle d’ailleurs, mais à un degré moindre, qu’a éprouvée Diego de Vera lors de son expédition contre Alger en septembre-octobre 1516, l’expédition elle-même de Charles Quint a été quasiment oubliée. » Alger y avait gagné le qualificatif de « Bien Gardée » - al-Ǧazā’ir al-maḥrūsa ou al-Ǧazā’ir al-manṣūra. C'est un Flamand, protonotaire apostolique, J.-B. Gramaye, au destin peu commun, prisonnier un temps à Alger, qui rencontrera Philippe III d'Espagne puis Philippe IV, pour leur soumettre sans succès, dans un texte de 27 pages, l'Appendix suggerens media expellendi Turcas tota Africa, un plan d'occupation de Maghreb.

Il faudra attendre l'expédition française de 1830 pour qu'un député du département de la Seine, Alexandre de Laborde, cherchant à montrer l'injustice, l'inutilité et l'illégalité de l'action des troupes coloniales françaises dans une adresse Au Roi et aux Chambres sur les véritables causes de la rupture avec Alger et l'expédition qui se prépare pour exhumer du fond des mémoires toutes les tentatives de s'emparer d'Alger pendant les trois siècles précédents.

Aux XIX et XXe siècles, nombre d'auteurs reprendront ou citeront les récits ultérieurs sans jamais ou très rarement citer leurs sources. Il faut compter au nombre de ces publications, hormis le travail de H. D. de Grammont, celui de Jean de Vandernesse, Le journal des voyages de Charles V et de Philippe II, son fils, qui n'existe qu'à l'état de manuscrit à la Bibliothèque nationale, et que Grammont considère d'« une exactitude scrupuleuse des dates et des détails ».

Aujourd'hui, au XXIe siècle, le travail de recherche qui fait références est la publication de Daniel Norman, directeur de recherche émérite au CNRS section 33,Tempête sur Alger : l'expédition de Charles Quint en 1541, publiée en 2006. Ce gros travail de recherche, 702 pages, fait suite au travail de de Grammont dont il reprend en partie le plan, l'étude par elle-même 335 pages, suivie de 279 pages de documents rares, peu connus ou difficiles à trouver, en version originale et en traduction française, qu'il met à la disposition des chercheurs, des annexes détaillées sur 15 pages, telles que des chronologies, 9 pages d'index des noms de personnes et de lieux et enfin une importante bibliographie de 64 pages. Cette publication à fait l'objet de plusieurs recension, en France comme celle de Abd El Hadi Ben Mansour (déjà citée), en Espagne par María José Rodríguez Salgado, en Italie, en Turquie ou en Algérie et est présente dans beaucoup de bibliographies d'ouvrages traitant de cette période de l'histoire de la régence d'Alger, ou Saint-Empire romain germanique ou de l'Empire ottoman.







La Reconquista de la péninsule Ibérique se termine le 2 janvier 1492 par la reddition de Grenade par le roi nasride Boabdil. Vaincu, il signe un traité et livre la ville au roi Ferdinand d’Aragon et à la reine Isabelle de Castille.

Pour conforter leur reconquête territoriale face aux Maghrébins, les rois espagnols n'auront de cessent de contrôler la côte maghrébine. Les Portugais s'étaient déjà emparer de Ceuta en 1415, de Tanger en 1471. Les Espagnols s'emparent deMelilla en 1497, de Mers-el-Kebir en 1505, d’Oran en 1509, de Bougie, de Tripoli etel Peñón de Argel en 1510 mais échouent devant Djerba la même année. Ils s'installent à Honein en 1531, à La Goulette, Bizerte, Africa et Bône en 1535. Ils ont installés l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Tripoli et à Malte en 1530 et rétabli leurs alliés à Tunis en 1535. Ils possèdent donc des ports sur toute la côte barbaresque à l'exception d'Alger depuis qu'ils ont perdu el Peñón de Argel en 1529. De la Reconquista à la bataille de Lépante, en passant par les expéditions aux Maghreb, ce serait « une dernière lame de fond des croisades».

En Méditerranée, la piraterie, qui n'est pas que barbaresque, est le fait de marins sans foi, de renégats sans pays, tous capitaines de navire qui gagnent ou perdent leur vie à la pointe de leurs sabres. Les routes de commerce entre toutes les rives de la Méditerranée sont innombrables comme les besoins en marchandises de toutes sortes. Des représentations, des blancs seins, des sauf-conduits se jouent des souverainetés et des religions. Les corsaires trouvent sur toutes les côtes de la Méditerranée des repaires inexpugnables sur des îles perdues, au fond des criques sauvages, dans des ports sous contrôle. Des complicités de puissants locaux, l'appui de leurs clientèles, la barbarie de leurs mœurs se jouent des souverainetés et des religions. Quand ils sont faits prisonniers, des marchands et leurs obligés, payent rançon, sont tenus en otages ou vendus en esclavage ou, s'ils n'ont pas de valeur par eux-mêmes, simplement exécutés sans scrupule ni remord. Seuls comptent les bénéfices des marchands ou les prises des pirates. À partir de 1516 avec les Barberousse, « commence alors la dure, sanglante, inexpiable conquête des royaumes des Maures par les Turcs, leurs janissaires et leurs corsaires. Cette entreprise (fit) de la course [...] une entreprise d’État, décidée et encouragée par le sultan [...] Tout se décidait à Constantinople, à la cour ou au harem. »
En Méditerranée orientale, la police maritime est assurée par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à partir de leurs possessions rhodiennes. Depuis la perte de la Terre sainte, Rhodes est en ce XVIe siècle le seul territoire héritier des croisades. La flotte de La Religion mène une guerre de course, d'abord contre les pirates turcs, puis contre les Ottomans. Les Hospitaliers font face en 1440 puis en 1444, au sultan d'Égypte, mais les chevaliers repoussent ces deux attaques. En 1480, le siège est mis autour de Rhodeset le grand maître Pierre d'Aubusson repousse à trois reprises l'assaut des troupes de Mesih Pasha, ancien prince byzantin converti à l'Islam. Le siège décisif a lieu en 1522 lorsque Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois Rhodes et expulse l'Ordre le 1er janvier 1523.
Si Charles Quint fait la paix avec Soliman en 1530, Il renforce ses positions par deux décisions importantes pour le contrôle de la Méditerranée : il cède, en 1530, Tripoli et l'archipel maltais à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem pour que celui-ci puisse continuer ses contre courses contre les Barbaresques et les Ottomans ; il intervient pour préserver la dynastie hafside de Tunis en redonnant Tunis en suzeraineté à Abû `Abd Allâh Muhammad V al-Hasan en 1535 et pour conforter sa position, il occupe La Goulette, Bizerte, Africa et Bône. Cette victoire personnelle de Charles Quint sur Khayr ad-Din Barberousse, donné un moment pour mort, ce qui empêchera Charles Quint de le poursuivre jusqu'à Alger, lui fera sous-estimer les ressources de cet allié de Soliman.

Enfin il faut aussi prendre en compte la situation maghrébine à cette époque. Cette zone géographique, coincée entre le désert et la mer, cumule de graves lacunes : la sécheresse, le manque de mise en valeur des terres, l'extension de l'élevage pastoral rétrécie la culture sédentaire, mais aussi l'agressivité des nomades, le déclin démographique, les famines et les épidémies, et aussi le détournement des circuits commerciaux hors du Maghreb. Cela a pour conséquence, la faiblesse de l'état, de l'armée et de l'administration.







En Méditerranée occidentale, trois puissances vont s'affronter sur fond de piraterie barbaresques : François Ier devient roi de France en 1515 ; Charles Quint, petit fils des rois catholiques, devient, conjointement avec sa mère Jeanne de Castille, roi d’ Espagne en 1516 et empereur du Saint-Empire en 1519 ; enfin Soliman le Magnifique devient le 10e sultan de l'empire ottoman en 1520.

Le roi de France cherche d'abord la neutralité, dans les affaires italiennes, d'Henri VIII d'Angleterre et de Charles de Habsbourg futur Charles Quint sans pouvoir l'obtenir. François Ier est vainqueur à la bataille de Marignan et défait et prisonnier de Charles Quint à la bataille de Pavie en 1525. Il est en compétition avec Charles Quint pour la couronne du Saint-Empire. La France et le Saint-Empire s'opposent pour la possession, pour l'une, du duché de Milan, pour l'autre, du duché de Bourgogne. Finalement la France se fera l'allié des Ottomans en obtenant en 1536 des privilèges commerciaux, les « Capitulations ».

Charles Quint et Soliman s'affrontent sur deux fronts : territorialement en Europe centrale, en 1526, les Ottomans défont les Hongrois à la Bataille de Mohács et s'emparent de Budapest mais échouent devant Vienne en 1529 ; et aussi pour le contrôle de la Méditerranée occidentale, les Espagnols veulent préserver le commerce maritime face aux actes de piraterie des Barbaresques qui inscrivent leurs actions dans le cadre de l'expansion de l'empire ottoman dès les premières années du XVIe siècle. En 1531, le génois Andréa Doria qui a quitté François Ierpour Charles Quint, attaque Cherchell et les Espagnols se rendent maître de Honein.







Parmi les Barbaresques, une famille va se faire connaître en Méditerranée et au Maghreb, les Reïs, plus connu sous le nom de Barberousse. D'abord les quatre frères sont marchands en poteries pour leur père renégat chrétien, ils se font pirates à l'occasion. Lors d'une action, Elias est tué et Arudj est prisonnier des chevaliers de Rhodes. Rachetée au grand maître hospitalier avec quarante autres prisonniers, il se met au service du gouverneur ottoman de Antalya qui lui fournit les moyens de ses ambitions au service des Ottomans.

En 1502 ou 1503, les frères Barberousse, Arudj et Khayr ad-Din s'installent à Djerba. Ils sont rejoints par leur dernier frère, Ishak, ils se mettent au service du roi maure de Tunis en 1504. Ensemble ou Arujd seul, ils s'attaquent sans succès àDjidjelli en 1512 et en 1514.

En 1516, invité en ami à Alger, Arudj fait assassiner l'émir Salim at-Toumi et se rend maître d'Alger en la livrant au pillage des janissaires turcs. En 1517, Arujd prend le port de Tenes et se rend maître de Tlemcen qu'il confie à Ishak. Arudj et Ishak sont tués par les Espagnols en défendant Tlemcen en 1518. Resté seul des Barberousse, Khayr ad-Din défait cette même année, aidé déjà par la tempête, les Hospitaliers et les Espagnols sous les ordres du chevalier hospitalier Hugo de Montcade qui voulaient le chasser d'Alger. En 1519, il est au îles d'Hyères pour les Ottomans et subit une cuisante défaite face à Andrea Doria près de l'île de Pianosa au sud de l'île d'Elbe. De retour à Alger, Khayr ad-Din prend Collo et Constantine en 1521 et Bône en 1522 et, revenu à Alger, s'empare d'el Peñón de Argel en 1529.

De son coté, Soliman, s'il est confronté au Saint Empire en Europe centrale, est aussi en guerre contre les Perses séfévides sur son front de l'est. C'est alors qu'il signe avec Charles Quint une paix de façade en 1530 et fait appel à Kheir ed-Din en lui confiant le commandement d'une forte armée pour intervenir en Syrie sous les ordres du grand vizir Pargali Ibrahim Pacha.

Bien installé à Constantinople au palais d'Aya Sofia, Kheir ed-Din fait allégeance à Soliman et acquiert une nouvelle stature auprès de la Porte, il est l'un des plus proches conseillers du sultan et le soutien du grand vizir Pargali Ibrahim Pacha face au parti du chef des eunuques. Il soumet Alger aux Ottomans qui fournissent alors des forces d'occupation janissaires pour étendre leurs conquêtes territoriales au Maghreb.

Pendant ce temps, devenu lieutenant général de la marine ottomane, il participe à l'expédition de Fondi, il prend la ville mais échoue à ramener Julie de Gonzague, la « Shéhérazade de l'Italie », au harem du Sultan.






En mer Adriatique, confrontée aux deux empires après l'avoir été à la république de Gênes, la république de Venise tente de préserver sa puissance économique. Les comptoirs vénitiens s'étendent du nord et de l'est de la mer Adriatique, que la Sérénissime nomme le golfe de Venise, à la mer Égée et à l'île de Candie jusqu'à la mer Noire. Si la République perd Négroponte en 1470, elle acquiert le royaume de Chypre en 1489. Devant la montée des prises en mer, la République impute sur ses profits la construction d'une flotte de galères et de « coques de guerre » pour faire face aux Ottomans. Après une période de mutuelle réserve, pendant lequel les Portugais, les Espagnols, les Français, les Hongrois et les Hospitaliers, incapables de s'entendre, laissent seule Venise face à la défaite en 1501.

En 1529, la République entre en guerre contre l'empire ottoman. Cela engage alors le pape Paul III à créer, en 1538, la Ligue de Nice qui réunit aux forces temporelles du pape celles des républiques de Venise et de Gênes, du Portugal, du Saint Empire et de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous le commandement de l'amiral génois Andréa Doria au service du Saint Empire. La défaite de Prévéza en 1538 délite la Ligue malgré la prise de Castelnuevo. Venise en revendique sa possession refusée par Charles Quint, Venise retire sa flotte et de plus Andréa Doria abandonne trop facilement la partie. Les Vénitiens résignés signent en 1540 la paix avec les Ottomans et les dédommagent des frais de guerre mais préservent leur commerce.







La montée en puissance des frères Barberousse et de la piraterie barbaresque à partir d'Alger pose problème à Charles Quint. C'est alors que l'empereur pense à soumettre Barberousse en réduisant Alger, le port de piraterie le plus actif de la côtemaghrébine, et de mettre fin à l'expansion ottomane ; à défaut de toucher Constantinople, il s'attaquera au plus proche conseiller du sultan. L'expédition d'Alger se situe dans un vaste contexte diplomatique.

Les premiers historiens à faire la relation de cette expédition sur Alger se sont tous posés la question du choix de la période fixée par Charles Quint pour une aussi lourde opération militaire. Mettre à la mer, au début de la mauvaise saison, une flotte aussi importante de navires de charge, qui ne tiennent pas aussi bien la mer que les galères, est par bien des aspects incompréhensible de la part d'un marin éprouvé comme le prince de Melfi, Andrea Doria, comme le fait d'accumuler autant de bâtiments sur une côte sans abri que les vents de nord-est rendent très dangereuse. Ne pas mettre à terre tous les moyens de guerre à disposition, vêtements, vivres, tentes, artillerie de siège, quand l'état de la mer le permettait est tout aussi incompréhensible de la part d'un militaire expérimenté comme Charles Quint. Lancer des attaques de façon si imprudente, sans préparation, sans garder de réserves, en laissant les cavaliers arabes venir sur les arrières est encore plus incompréhensible de la part d'hommes de guerre comme le duc d'Albe, Ferdinand Alvare de Tolède, l'hospitalier, Camille Colonna, ou le conquistador Fernando Cortez. Comment a pu être pris le parti d'étendre sur une aussi longue ligne les forces autour d'Alger. Tout cela fera écrire à Sander-Rang et Denis, cités par Grammont, « La constance avec laquelle il [Charles Quint] persista dans son entreprise paraîtra toujours une chose fort étrange ; c'est que, selon toute probabilité, on n'en a jamais bien connu le véritable motif. »

Charles Quint sait que Khayr ad-Din Barberousse s'est volontairement placé sous la dépendance des Ottomans pour avoir l'appui des janissaires pour tenir à distance les chefs des tribus qui lui contestent l'adjoac d'Alger. Depuis la conquête de Tunisen 1535, où Charles Quint en personne a défait Barberousse, il envisage un retournement d'alliance. Dès 1538, il entreprend des discussions secrètes avec Khayr ad-Din. Charles Quint confie ses négociations au prince de Malfi qui utilise Alonso de Alarcon, puis le capitaine Vergara et enfin le docteur Romero. Il s'agissait d'affaiblir la Sublime Porte en aidant Khayr ad-Din à se rendre seul maître de la Barbarie à l'est comme à l'ouest avec l'appui des forces espagnoles et en restant en possession d'une grande partie de la flotte ottomane et de ses capitaines les plus expérimentés fidèles à Barberousse. Charles Quint laissait miroiter qu'il pourrait rendre ses places et ports en échange d'une déclaration apparente de vassalité, de sa neutralité maritime et du versement d'un faible tribut. En fait Charles Quint n'avait aucune intention de soutenir Barberousse, il l'aurait abandonné à son triste sort, il cherchait seulement à affaiblir les Ottomans et à contrôler Alger, comme il l'avait fait avec Tunis, en profitant des guerres intestines.

Khayr ad-Din négocie pendant deux ans avec les émissaires de Doria, discutant point par point de tous les détails, marchandant ceci, négociant cela, concédant ici, refusant là et certainement échangeant des présents et des bons gages. Le 2 décembre 1539, Doria écrit à Charles Quint « Barbe rousse a le plus vif désir de complaire et d'être le perpétuel serviteur de Votre Magesté. » Mais c'était un mauvais calcul, c'était oublier qu'Alger n'existe et ne vit que de la guerre de course et le commerce espagnol représente le gros du trafic entre les rives ouest et est du bassin occidental de la Méditerranée. En fait Khayr ad-Din se jouait des émissaires, il tenait régulièrement au fait le sultan, lui transmettant tous les documents, toutes les lettres. Ce n'est qu'en 1540, que le docteur Romero adresse une lettre à Doria pour l'informer du double jeu de Barberousse.

Si les relations sont alors rompues avec Barberousse, elles reprennent par l'entremise du gouverneur d'Oran, le comte d'Alcaudète, avec Hasan Agha, un Sarde, enlevé enfant par Khayr ad-Din Barberousse, qui en fait son successeur comme gouverneur d'Alger quand il part à Constantinople en 1533.

C'est un fidèle d'Hasan, un certain Marzo, qui assure la liaison entre les deux hommes. S'il reste quelques lettres, dont certaines datent d'après l'expédition, ce qui prouverait que l'échec de l'expédition d'Alger n'a pas détourné Charles Quint de son objectif, elles ne donnent pas le détail de ces négociations. Toujours est-il que certains faits trouvent ainsi leurs explications. L'empereur négociait bien avec Hasan et comptait plus sur un déploiement de forces que sur une guerre de siège; il avait autorisé des femmes à monter à bord des navires comme pour assister à la parade militaire de leurs maris. Il ne débarque pas toutes ses forces et envoie aussitôt un émissaire, le chevalier Don Lorenzo Manuel, auprès de Hasan. Il faut aussi noter que les historiens ne trouvent pas d'explication au fait qu'Hasan, connaissant l'éminence de l'expédition, a dégarni la défense d'Alger en envoyant vers l'ouest la majeure partie des janissaires, ne gardant auprès de lui que 800 de ceux-ci. Il est aussi fait mention, dans diverses relations des faits, que Charles Quint aurait reçu, en pleine nuit d'orage et de tempête, un émissaire d'Hassan, soit, les versions divergent, lui demandant de laisser libre un passage pour que les occupants d'Alger puissent gagner l'arrière-pays, soit que les circonstances, la tempête et la mobilisation réussie des Algérois par le caïd Mehemed, juif espagnol renégat, futur roi de Tagora, ne permettait plus de livrer Alger à l'empereur. En fait ce qui devait être une simple démonstration de force se transforme en pleine tempête en véritable expédition guerrière, mal préparée, mal exécutée.







La chronologie de l'expédition est reprise de celle reconstituée par Daniel Nordman.
• lundi 12 au dimanche 18 septembre 1541 : entretiens de Charles Quint avec le pape à Lucques ;
• mercredi 21 au mercredi 28 septembre : Charles Quint à La Spezia ;
• jeudi 29 septembre au jeudi 6 octobre : Charles Quint en Corse ;
• vendredi 7 octobre : Charles Quint en Sardaigne ;
• samedi 8 octobre : arrivée des troupes italiennes à Majorque ;
• dimanche 9 octobre : Charles Quint à Minorque ;
• jeudi 13 au lundi 17 octobre : Charles Quint à Majorque ;
• mardi 18 octobre : départ de l'expédition de Majorque ;
• mercredi 19 octobre : arrivée de l'expédition en vue d'Alger ;
• jeudi 20 octobre : à 7 heures, la flotte est dans la rade d'Alger. À 15 heures la mer grossie, la flotte de Charles Quint va s'abriter vers le cap Matifou et la flotte espagnole au cap Caxine ;
• vendredi 21 octobre : la flotte reste à l'abri ;
• samedi 22 octobre : la flotte toujours à l'abri mais reconnaissance de la plage et approvisionnement en eau ;
• dimanche 23 octobre : retour de la flotte espagnole, débarquement des troupes espagnoles, puis italiennes et allemandes (Charles Quint est à terre à 9 heures). Installation du camp à Hamma. Attaque de nuit des Algérois ;
• lundi 24 octobre : installation du quartier général de Charles Quint au Koudiat es-Saboun. Début des combats. La tempête se lève vers 21 heures ;
• mardi 25 octobre : tempête, sortie des Algérois, combat de Ras Tafoura. La tempête augmente de puissance détruisant une partie de la flotte avec provisions et matériel de guerre, le reste va s'abriter au cap Matifou ;
• mercredi 26 octobre : la tempête dure, Charles Quint est sur le rivage, la retraite est décidée (les chevaux sont abattus) le long de la mer jusqu'à l'oued Knis ;
• jeudi 27 octobre : retraite jusqu'à l'oued El-Harrach ;
• vendredi 28 : traversée de l'oued qui déborde ;
• samedi 29 octobre : la retraite se poursuit jusqu'au cap Matifou et rassemblement des forces ;
• dimanche 30 octobre : reconstitution des forces avec mise au repos, conseil de guerre et réparation de la flotte ;
• lundi 31 octobre : début du rembarquement des troupes italiennes ;
• mardi 1er novembre : rembarquement de Charles Quint et des troupes allemandes ;
• mercredi 2 novembre : rembarquement des troupes espagnoles. La mer grossie de nouveau ;
• jeudi 3 novembre : navigation dans la tempête ;
• vendredi 4 novembre : débarquement de Charles Quint à Bougie. Dispersion des restes de la flotte d'expédition pour l'Espagne, Majorque et la Sardaigne ;
• samedi 5 novembre : arrivée des cinq derniers bateaux à Bougie ;
• vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 octobre : processions à Bougie ;
• lundi 14 octobre : Charles Quint décide le renforcement des fortifications de Bougie ;
• mardi 15 octobre : renvoi de tous les navires ;
• mercredi 16 au samedi 19 octobre : Charles Quint tente vainement de quitter Bougie mais des vents contraires le ramènent à Bougie par deux fois ;
• samedi 19 au mercredi 23 octobre : Charles Quint reste à bord devant Bougie ;
• mercredi 23 octobre : vers 22 heures, Charles Quint quitte Bougie ;
• samedi 26 et dimanche 27 octobre : Charles Quint séjourne à Majorque ;
• lundi 28 octobre : Charles Quint quitte Majorque ;
• mardi 29 octobre : Charles Quint est à Ibiza ;
• jeudi 1er décembre : dans la soirée, Charles Quint arrive à Carthagène ;
• vendredi 2 au dimanche 4 décembre : Charles Quint séjourne à Carthagène ;
• lundi 5 décembre au vendredi 9 décembre ; Charles Quint séjourne à Murcie.






Charles Quint, « le souverain itinérant », a parcouru en 1541, L'Allemagne et l'Italie : Spire, Heidelberg,Nuremberg, Ratisbonne, le 12 juillet 1541, il est à la diète, Munich, Innsbruck, Trente, Milan, Pavie, Gênes, La Spezia, Lucques, Portovenere. À Ratisbonne, l'empereur apprend que les Turcs viennent de débarquer sur les côtes d'Italie. Son frère Maximilien II reste à la surveillance de la frontière de Hongrie. Charles, bloqué à Lucques par de mauvais vents, rencontre le pape Paul III les 10 et 11 septembre et l'informe de son intention de partir en expédition contre Alger. Tous ceux, informés de ses intentions, pape y compris, lui déconseillent une expédition tardive dans la saison, mais pour des raisons qui lui sont propres (voir ci-dessus Diplomatie), il persévère dans son action.

Charles Quint confie l'armée de terre à Ferdinand de Gonzague, vice-roi de Sicile, avec le titre de capitaine général et nomme Andrea Doria chef de la flotte. Participent à l'expédition, le duc d'Albe, Ferdinand Alvare de Tolède, Camille Colonna, neveu du pape, Hernán Cortés, conquistador de l'Empire aztèque et l'Hospitalier Nicolas Durand de Villegagnon.

Passant par la Corse, la Sardaigne et Majorque, il rassemble ses forces, réunissant les flottes de Gênes, de Naples, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui transportent les troupes venues d'Espagne et des Pays-Bas. La flotte, composée de plus de 65 galères et de 451 navires de transport, montés par 12 300 matelots, est commandée par Andrea Doria ; le Duc d'Albe dirige les troupes de débarquement, 25 700 hommes dont 6 000 Allemands, 6 000 Espagnols et Siciliens, et 5 000 Italiens, 3 000 volontaires, 1 500 cavaliers, 200 gardes de la maison de l'empereur, 150 officiers nobles, et 150 hospitaliers qui doivent être renforcés par2 000 hommes du Zouaoua, hostiles aux Turcs d'Alger, qui ne peuvent arriver à temps.

La défense de la ville est assurée entre 800 à 1 500 janissaires et 6 000 morisques auxiliaires réfugiés récemment amenés d'Espagne avec des renforts de15 000 cavaliers arabes. Le mardi 18 octobre 1541, la flotte quitte Majorque, ralliée par les galères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Le 19 octobre 1541, la flotte est devant Alger; les Algérois, ayant aperçu la flotte, se préparent à la défense. Le beylerbey Hasan Agha (seigneur Hassan en turc) commandant Alger, en l'absence de Barberousse, réunit les principaux habitants de la ville, les gens de loi, les imams des mosquées, l'ordre des Janissaires et les chefs des zaviés à se rendre à l’hôtel du gouvernement qui est le palais de la jenina, et sous un ton énergique les motive au combat.


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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 13:44






Après bien des retards, cette flotte formidable appareilla, dans les premiers jours d’octobre, époque fatale, où les vents de l’équinoxe dominent en maîtres dans les parages de l’Algérie. Hassan Aga, pris au dépourvu, fit ses efforts pour résister à cette invasion : il ajouta de nouvelles fortifications à celles qu’avait déjà fait construire Khair-Eddine, fit armer toutes les batteries de la marine, et flanquer de tours le mur d’enceinte qui enfermait Alger du côté de terre. Pendant ces préparatifs, il affecta de se montrer à la multitude, tranquille et comme assuré du triomphe. Il défendit aux habitants, sous peine de mort, de quitter la ville; puis fit raser tous les jardins et abattre tous les arbres qui avoisinaient la ville. Les forces dont il disposait alors n’étaient pas considérables : il n’avait que 800 à 1500 janissaires, auxquels il avait donné pour auxiliaires un corps de 5,000 hommes, levé à la hâte et composé d’Algériens, niais surtout de Maures d’Andalousie, qui maniaient très adroitement l’escopette ou se servaient d’arcs en fer d’une grande puissance. Dans la plaine, il comptait sur les Arabes. Tels étaient les moyens de défense d’Hassan; il est facile de voir qu’ils se trouvaient bien inférieurs ceux des chrétiens.

Quoi qu’il en soit, le 19 octobre, le saheb el nadour (l’officier de la lunette) vint annoncer à Hassan que l’on découvrait à l’horizon une flotte immense. Hassan parcourt aussitôt à cheval les divers quartiers de la ville, examine minutieusement tous les préparatifs, assigne à ses officiers les positions qu’ils doivent occuper; puis il se rend à la porte Bab-Azoun, où il pensait que commencerait l’attaque, et monte à la batterie qui défendait cette partie des fortifications. De là, son œil pouvait embrasser toute l’étendue de la baie, le rivage et les premières crêtes du Sahel, qui commençaient à se couronner de burnous blancs. Dès que les divers chefs de poste aperçurent Hassan sur la plate-forme de la batterie, ils s’empressèrent de le saluer par une décharge générale de leurs armes à feu. Le grand drapeau national d’Alger, formé de trois bandes de soie, rouge, verte et jaune, se déploya majestueusement au-dessus de la porte de Bab-Azoun, tandis que les tours, les forteresses, les remparts, se hérissaient d’armes, se pavoisaient de drapeaux de diverses couleurs, la plupart chargés de symboles mystiques ou de versets du Coran. Les Algériens étaient remplis de confiance car une prédiction avait dit que les Espagnols seraient détruits dans trois expéditions différentes, dont une commandée par un grand prince, et qu’Alger ne serait prise que par des soldats habillés de rouge.

Le 21 octobre, la flotte impériale, complètement ralliée, se trouvait dans la baie d’Alger; le 23 seulement, elle put opérer son débarquement. On choisit cette partie de la plage qui avoisine la rive gauche d’El-Harrach, située au pied des hauteurs qui dominent la plaine de Mustapha. Monté sur la poupe de la Réale, qui portait l’étendard impérial, Charles-Quint dirigea cette opération. Toutes les galères, pavoisées de leurs couleurs nationales, étalaient leurs rames et disputaient de vitesse pour faire arriver les transports mouillés au large et les rapprocher du rivage, tandis que les bateaux plats prenaient les soldats et les déposaient à terre. Sur la plage, on voyait une multitude compacte d’Arabes, les uns à pied, les autres à cheval, défier les Espagnols en élevant leurs armes au-dessus de leur tête, et en agitant les pans de leurs burnous. Leur nombre augmenta surtout lorsque le débarquement commença, ils tentèrent même de s’y opposer; mais les galères qui s’étaient rapprochées de terre soutinrent cette opération difficile par des bordées bien nourries, qui forcèrent les Arabes de se tenir à distance. Aussitôt que l’infanterie fut entièrement débarquée, Charles-Quint, qui avait toujours présente à l’esprit sa conquête de Tunis, envoya à Hassan un parlementaire pour le sommer de se rendre. « Dis à ton maître, répondit celui-ci à l’officier espagnol, qu’Alger s’est déjà deux fois illustrée par la défaite de Francisco de Vero et de Hugues de Moncade, et qu’elle espère acquérir une gloire nouvelle par celle de l’empereur lui-même. » L’intimidation étant restée sans effet, il fallut songer à agir. Le 24 octobre, l’armée de Charles-Quint, divisée en trois corps, se porta sur Alger.








La première division, ou l’avant-garde, se composait des Espagnols commandés par Ferdinand de Gonzague; les Allemands formaient le corps de bataille; ils étaient commandés par l’empereur ayant pour lieutenant le duc d’Albe; l’arrière-garde, composée de la division italienne, des chevaliers hospitaliers et des volontaires, était sous les ordres de Camille Colonna. L’avant-garde occupait la gauche, c’est-à-dire le haut de la plaine; l’arrière-garde suivait le bord de la mer, et le corps de bataille gardait le centre. Dès que l’armée impériale se mit en mouvement, les Arabes ne cessèrent de la harceler, si bien qu’après six heures de marche elle n’avait pas avancé d’un mille; le soir elle prit position à El-Hamma, sans toutefois pouvoir goûter un seul instant de repos, car les Arabes continuèrent leurs escarmouches pendant toute la nuit.

Le 25, l’armée, après une marche difficile, constamment entravée par les attaques partielles des Arabes, parvint néanmoins à gagner les hauteurs qui dominent la ville. L’avant-garde se porta jusqu’auprès du ravin de Bab-el-Oued, et Charles-Quint s’établit, avec le corps de bataille, sur la même colline du Coudiat-el-Saboun où en l’année 1518 Hugues de Moncade avait pris position, et où fut construit plus tard le fort de l’Empereur. Son arrière-garde formait l’aile droite, et occupait tout l’espace compris depuis le pied des montagnes jusqu’au bord de la mer au cap Tafoura, là où est aujourd’hui le fort Bab-Azoun. La position était on ne peut plus avantageuse. Par cette manœuvre on avait isolé les Arabes de la ville, et des ravins profonds les tenaient éloignés de l’armée, il n’y avait plus qu’à commencer les travaux du siège. Charles-Quint fit débarquer sa grosse artillerie, et ordonna en même temps à la flotte de s’embosser le plus près possible de la place, afin de pouvoir la canonner simultanément par terre et par mer. Ni l’empereur ni ses généraux ne comptaient sur une longue résistance : les murs d’enceinte étaient très faibles, et l’artillerie des Algériens peu nombreuse; mais Alger avait pour elle de plus puissants auxiliaires : c’est-à-dire les orages qui jusque-là l’avaient protégée, grâce au mauvais choix de la saison pendant laquelle on était chaque fois venu l’attaquer.







Dès l’après-midi du 25, le ciel était devenu tout à coup orageux, et de larges gouttes d’eau avaient humecté la terre. Vers le soir, le temps devint glacial; la pluie tomba en abondance, ruina les chemins, grossit les torrents, et les soldats sans abri étaient transis de froid. Pendant la nuit, survint une violente rafale : on entendait les câbles se rompre avec fracas; les navires chassaient sur leurs ancres, s’entrechoquaient les uns les autres, et finissaient par couler à fond. Cette nuit fut terrible pour l’empereur; sa douleur était poignante, mais rien ne trahissait au dehors ses émotions intérieures, et, constamment entouré de ses généraux et de ses principaux officiers, il s’efforçait de les rassurer par son calme apparent.

Au point du jour, un brouillard épais couvrait la plage et la pleine mer ; la pluie n’avait pas cessé ; il était impossible de rien distinguer à une faible distance. En ce moment de crainte et d’incertitude, on entendit, vers le bas de la montagne, non loin des murs d’Alger, des cris tumultueux: c’étaient les Turcs et les Maures, qui, profitant de l’orage et de la pluie, venaient attaquer l’armée impériale jusque dans ses retranchements. Les soldats de Charles-Quint coururent aux armes; mais leurs mousquets tout mouillés les servaient mal : les Maures, au contraire, armés d’arcs en fer, leur envoyaient une grêle de flèches qu’ils ne pouvaient éviter, le vent et la pluie leur battant au visage. Pour faire cesser cette lutte inégale, les Italiens et les chevaliers hospitaliers, car c’était l’arrière-garde qui se trouvait ainsi attaquée, voulurent combattre corps à corps; mais leurs ennemis, plus agiles et connaissant mieux les chemins, les esquivaient en se repliant sur Alger. Cette escarmouche se continua jusqu’aux portes de la ville. Alors les Turcs et les Maures, se voyant en sûreté, montent sur les remparts, et aux nuées de flèches font succéder des décharges de mousqueterie. Les Italiens, surpris et effrayés, se mettent à fuir; les chevaliers conservent seuls leurs rangs, et, malgré une nouvelle sortie, ils se replient en bon ordre.

À la vue du danger que court cette partie de son armée, l’empereur vient en personne, accompagné de ses fidèles Allemands, rétablir le combat. Les chevaliers, à leur tour, se sentant appuyés, reprennent l’offensive; ils chargent, quoiqu'à pied, les cavaliers turcs; ils les refoulent dans les rues étroites et tortueuses du faubourg Bab-Azoun, et les pressent avec une telle vigueur qu’ils seraient entrés dans Alger avec eux, si Hassan Aga, pour prévenir ce danger, n’eût sacrifié une partie de son armée en faisant fermer précipitamment les portes. C’est à ce moment que le chevalier Ponce de Balagner, qui tenait déployé l’étendard de l’Ordre, furieux de se voir arrêté dans sa poursuite, se jeta contre la porte et y enfonça son poignard.

Bientôt après, les Turcs et les Maures, ralliés par Hassan, se précipitaient sur cette brave milice, qui formait l’arrière-garde pendant que l’armée chrétienne se retirait dans ses retranchements. Les chevaliers hospitaliers, après tant d’efforts, étaient trop accablés de fatigue pour résister à cette nouvelle attaque; ils voulurent néanmoins tenir tête à l’ennemi, et on les vit se former en bataille dans les gorges étroites qui avoisinent le pont des Fours. Mais leur courage ne servit qu’à illustrer ce lieu, qui depuis a retenu le nom de Tombeau des Chevaliers !

Ce fut au retour de ce déplorable engagement que la brume, venant à s’éclaircir, dévoila à l’armée de Charles-Quint les désastres de la nuit. Cent cinquante navires de diverses grandeurs étaient brisés sur la plage ou bien coulés à quelque distance, ne laissant apercevoir que l’extrémité de leur mâture. Presque tout ce qu’ils contenaient avait été submergé, et les hommes avaient péri, soit dans les flots, soit sous le yatagan des Arabes. La grosse artillerie, tout le matériel du siège, étaient perdus, car, avant que les ordres donnés par Charles-Quint eussent pu recevoir un commencement d’exécution, les bateaux de transport avaient été engloutis. Les soldats, qui n’avaient ni vivres ni tentes, contemplaient avec effroi le désastre de la flotte; leur douleur s’accrut encore lorsqu’ils virent les bâtiments qui avaient échappé à la tempête mettre à la voile et gagner le large. L’amiral se portait sur le cap Matifou. « Mon cher empereur et fils, écrivait André Doria à Charles-Quint en l’instruisant de cette manœuvre, l’amour que j’ai pour vous m’oblige à vous annoncer que, si vous ne profitez pour vous retirer de l’instant de calme que le ciel vous accorde, l’armée navale et celle de terre, exposées à la faim, à la soif et à la fureur de l’ennemi, sont perdues sans ressource. Je vous donne cet avis parce que je le crois de la dernière importance. Vous êtes mon maître, continuez à me donner vos ordres, et je perdrai avec joie, en vous obéissant, les restes d’une vie consacrée au service de vos ancêtres et de votre personne. » Cette lettre décida l’empereur à lever le siège. Voici les principales dispositions qu’il prit pour assurer sa retraite la prévoyance et le sang-froid qu’il mit à ordonner tous les détails de cette difficile opération l’honorent à la fois comme prince et comme guerrier.







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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 13:46





Charles-Quint décida que l’artillerie et les bagages seraient abandonnés, que les chevaux de trait serviraient à la nourriture de l’armée jusqu’au moment où il serait possible de recevoir des vivres de la flotte ; puis il fit rassembler les blessés ainsi que les malades, et les établit au centre de la colonne. Sur les deux flancs il plaça les divisions allemande et italienne, et réserva pour l’arrière-garde les troupes qui avaient conservé le plus d’énergie: c’étaient les Espagnols et les chevaliers hospitaliers; la cavalerie fit aussi partie de ce poste d’honneur. Ainsi s’achemina vers le cap Matifou cette armée naguère si brillante et si pleine d’espérance; sa marche fut lente, pénible, semée d’obstacles. Les pluies avaient détrempé le sol et considérablement enflé les torrents. Les soldats, énervés par la disette, pouvaient à peine se tenir sur ce terrain fangeux; les Arabes les harcelaient avec une rage féroce, se précipitant comme une nuée d’oiseaux de proie sur ces malheureux qui tombaient de fatigue, et les massacraient sans pitié.

Les Turcs et les Maures ne dépassèrent pas les rives d’El-Harrach ; ils retournèrent vers Alger, où de plus riches dépouilles les attendaient, laissant aux Arabes de la plaine et du Sahel le soin de poursuivre et d’inquiéter l’armée chrétienne. Ceux-ci s’acquittèrent si bien de leur tâche, que plus de deux mille cadavres jalonnèrent l’espace qui s’étend depuis Tafoura jusqu’à Matifou. Une fois arrivé en présence de la flotte, Charles-Quint pressa l’embarquement; mais, malgré ses soins et sa diligence, il perdit encore un grand nombre de soldats, et ne parvint à ramener en Espagne que la moitié de son monde.






La Bataille tourne au désastre quand des tempêtes dispersent et détruisent en partie la flotte d'invasion peu après le début du débarquement, et l'empereur rentre en Espagne avec ce qui reste de ses troupes au mois de novembre. Le 8 mars 1542, Antoine Escalin des Aimars, nouvel ambassadeur français auprès de Soliman, revient de Constantinople avec la promesse du sultan d'apporter son aide à la France dans la guerre contre Charles Quint. François Ier déclare la guerre à l'empereur le 12 juillet à la suite de la défaite devant Alger mais aussi en invoquant diverses offenses subies dont le meurtre de Rincon.

Hasan Agha expédie une galiote pour porter la nouvelle de la victoire à la Sublime Porte. Khaïr-ed-din pacha, l’introduit dans le sérail du sultan qui lui donne une magnifique pelisse et un khattichérif qui l’établit gouverneur à Alger avec le titre de pacha. Après le désastre de Charles Quint, Alger devient le port le plus puissant de la rive Sud de la Méditerranée69. Grâce à sa victoire, Hassan Agha obtient le ralliement de certaines tribus, en Kabylie, dans le Hodna, le Zab et le Constantinois.

En avril 1542, Hasan Agha entreprend de châtier le roi de Koukou qui a fourni2 000 hommes à Charles Quint. Il envoie un corps de 3 000 Turcs armés de mousquets, 2 000 cavaliers arabes, 2 000 fantassins berbères et douze pièces d'artillerie, la plupart de petit calibre et montées sur affûts. Devant les armes à feu, le roi de Koukou donne une grosse somme d'argent et du bétail et promet de se soumettre dorénavant au tribut annuel, livrant son fils en otage.

En 1543, Hassan Agha marche sur Tlemcen avec une armée de 14 000 hommes afin de soumettre le roi Moulay Ahmed qui avait rompu son allégeance au roi d'Alger pour s'allier aux Espagnols. Le roi de Tlemcen se soumet à Hassan Agha qui retourne à Alger. Le général espagnol Don Martin de Cordova, marquis de Cortès, décide de châtier Moulay Ahmed pour ce renversement d'alliance. Vaincu, Moulay Ahmed se réfugie à Fès.








Lors des préparatifs de l'expédition de Charles Quint, Hassan Agha avait été en relation avec des émissaires de l'empereur. Ce dernier lui ayant fait miroiter le pachalik d'Alger s'il livrait la ville à condition que l'empereur l'attaque avec des forces considérables. La défaite de Charles Quint, due principalement aux très mauvaises conditions météorologiques, permit à Hassan Agha de gagner la bataille. Khayr ad-Din Barberousse, informé de cette possible duperie, douta de la fidélité d'Hassan.

Hassan Agha étant tombé malade lors de son retour de Tlemcen, la milice des janissaires (Odjak) d'Alger choisit Hadji Pacha comme successeur d'Hassan Agha. Mais Hadji Pacha ne gouverne que huit mois, car Barberousse a obtenu du sultan de Constantinople la nomination de son fils Hassan comme nouveau gouverneur d'Alger.


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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 13:49












• Bataille de Sudomer (20 mars 1420)
• Bataille de Nemecky Brod (6 janvier 1422)
• Bataille de Usti nad Labem (1426)
• Bataille de Tachov (1427)


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MessageSujet: Re: BATAILLES DES CROISES   Dim 3 Avr - 13:57






La bataille de Sudomĕř eut lieu le 25 mars 1420, opposant les forcescatholiques et hussites. Ces derniers étaient menés par Břeněk de Švihov(mort au combat) et Jan Žižka. Les hussites furent victorieux. Il s'agit de la deuxième plus célèbre bataille descroisades contre les hussites. La première, la bataille de Nekmíř (en), était plus une retraite qu'un véritable affrontement.








Les forces royalistes poursuivaient les hussites. Au commencement, les hussites furent attaqués sous un drapeau de cessez-le-feu. Cependant, ils eurent le temps de fortifier leur position. Un des leurs flancs était protégés par les chariots de guerre et les autres par les étangs Markovec, Škaredý et Prostřední. Un millier dejohannites venant de Strakonice, menés par Jindřich de Hradec (mort au combat), attaquèrent les chariots disposés en barrage. Ils échouèrent dans leur tentative, subissant de lourdes pertes.
Ensuite, un autre millier de cavaliers royalistes menés par Peter von Konopischt de Sternberg menèrent un assaut sur un point faible de la formation ennemie, Cependant, ils s'embourbèrent dans le marais Škaredý. Ils essayèrent de s'en sortir en descendant de leurs chevaux mais rien n'y fit. Profitant de cette situation, l'infanterie légère hussite les anéantit au moyen de fléaux d'armes. La bataille prit fin avec la tombée de la nuit et l'arrivée de la brume. en tira avantage et s'enfuit.
Finalement, il s'agissait du premier succès d'une série à venir pour les hussites. En regardant les forces en présence, cette victoire a de quoi surprendre. En effet, les effectifs hussites, au nombre de 400, étaient surtout composés de fermiers et de villageois, parmi lesquels se trouvaient également des femmes et des enfants. En face, les forces royalistes étaient composées de 2000 cavaliers de l'armée régulière. Cependant, il faut mettre en avant l'utilisation ingénieuse de la tactique deWagenburg et le choix de la position hussite par Jan Žižka. Il est certain que ces deux faits pesèrent lourd dans la balance.



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